⚡️💡⚡️ PPE3 : la France trace sa route entre « atome » et « renouvelable ».
💡Le gouvernement a (enfin) dévoilé les grands axes de sa stratégie énergétique d’ici à 2035.
⚡️Dans l’attente du décret attendu ce 13 février au « Journal officiel », le gouvernement a dévoilé l’essentiel de la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3), document de référence qui fixe les orientations de la transition énergétique pour la décennie à venir (période 2025-2035). Cette nouvelle feuille de route se veut la traduction concrète des orientations fixées par le président de la République lors du discours de Belfort en 2022. Elle entérine une inflexion stratégique nette, plaçant la souveraineté énergétique et la maîtrise des prix au cœur des priorités publiques, dans un contexte marqué par l’urgence climatique et les fragilités géopolitiques révélées depuis la crise de 2022.
⚡️ « Il n’y a pas de schéma dans lequel on peut être dépendant », a déclaré le Premier ministre Sébastien Lecornu lors d’un déplacement sur les barrages hydroélectriques de Saut-Mortier et de Vouglans, dans le Jura, pour présenter les annonces. Ne pas décider devenait en effet fondamentalement dangereux pour notre souveraineté, pour notre capacité à produire. La France se donne pour objectif de transformer en profondeur son mix énergétique. Alors que les énergies fossiles représentaient encore 60 % de la consommation en 2023 (environ 900 TWh), le
gouvernement vise un bouquet composé à 70 % d’énergies décarbonées à l’horizon 2035. Etape
intermédiaire : ramener à 40 % la part des fossiles dans la consommation finale en 2030, pour la
réduire à 29 % (soit environ 330 TWh) en 2035. Cette trajectoire, qui s’inscrit en cohérence avec la
nouvelle Stratégie nationale bas carbone (SNBC3), vise toujours la neutralité carbone totale à la moitié du siècle. Fruit d’un travail de concertation, qui toutefois aurait dû se terminer par un débat au parlement et le vote d’une loi plutôt que de se traduire dans un décret, le plan intègre pour la première fois une clause de revoyure en 2027, permettant d’ajuster les investissements et le rythme de déploiement à la réalité de la demande énergétique du pays.
⚡️Le nucléaire enfin réaffirmé comme pilier du système :
Comme attendu, la PPE3 acte l’abandon des projets de fermeture de quatorze réacteurs envisagés dans les programmations précédentes, tout en confirmant le lancement d’un programme de six nouveaux réacteurs EPR2. Une option portant sur huit unités supplémentaires est également inscrite, avec une décision attendue dès cette année. En parallèle, l’Etat mise sur une exploitation renforcée du parc existant de 57 réacteurs. L’objectif est d’atteindre une production comprise entre 380 et 420 TWh dès 2030 (alors que l’électricien EDF visait 400 TWh), tout en engageant les travaux nécessaires pour prolonger la durée de vie des centrales jusqu’à 50, voire 60 ans. La stratégie s’accompagne d’un soutien à l’innovation, notamment via le développement des petits réacteurs modulaires (SMR), ainsi que d’un renouvellement des installations de l’aval du cycle du combustible. L’ensemble vise à sécuriser l’avenir d’une filière qui représente déjà 320.000 emplois (directs, indirects et induits en France).
⚡️Accent sur l’hydroélectricité :
La programmation ne se limite pas pour autant à l’atome. Elle accélère le développement des énergies renouvelables, en privilégiant les technologies jugées les plus matures et les plus compétitives. L’hydroélectricité retrouve une place centrale grâce à la proposition de loi des députés Marie-Noëlle BATTISTEL et Philippe BOLO, actuellement en navette parlementaire, dont j’avais déjà parlé ici et à laquelle je souscris largement même s’il faudra s’assurer de la bonne répartition des redevances au niveau territorial. Celle-ci doit en effet mettre fin aux contentieux avec Bruxelles, et permettre de relancer les investissements dans le parc de barrages. Est visée une augmentation de 2,8 GW de capacités (soit +11 %) par l’optimisation des ouvrages existants (1,1 GW) et le développement de stations de transfert d’énergie par pompage, dits STEP (1,7 GW).
⚡️L’éolien en mer constitue un autre axe structurant, avec un objectif de 15 GW installés en 2035.
La PPE3 affiche donc un ajustement du calendrier pour l’objectif de 18 GW, désormais fixé à 2037 au lieu de 2035, pour mieux intégrer les réalités industrielles et de raccordement. Reste que la filière est appelée à devenir un pilier industriel national, sachant que trois des onze sites européens de fabrications de composants majeurs sont situés sur le territoire français.
Je reste réservé pour ma part sur ce volet.
⚡️Objectifs revus à la baisse pour le solaire et l’éolien terrestre :
Les projections de stagnation de la demande électrique ont conduit à d’autres ajustements par rapport à ce que prévoyait la version de la PPE soumise à consultation en mars dernier. Les filières éolien terrestre et solaire voient ainsi leurs objectifs revus à la baisse. La première affiche désormais une cible de 48 GW en 2030, contre 54 dans la version mise en consultation, puis comprise entre 55 et 80 GW à l’horizon 2035 (sachant que la capacité installée était de 19,3 GW en 2023). Les clivantes éoliennes terrestres sont elles-aussi encadrées par une stratégie de croissance moins ambitieuse : 31 GW en 2030,
contre un objectif de 33 GW en mars dernier. La capacité totale de l’éolien onshore devra être comprise entre 35 à 40 GW cinq ans plus tard, là où elle était d’environ 24 GW à fin 2025. Une croissance qui s’effectuera en privilégiant la modernisation des parcs existants (« repowering ») plutôt que la création de nouveaux sites, afin de limiter l’impact paysager et d’améliorer l’acceptabilité locale. En dépit de la baisse des cibles, le gouvernement a décidé de maintenir stables les volumes de soutien public par appels d’offres jusqu’en 2028 au niveau de la PPE précédente. Ce point me paraît coûteux et discutable dans le contexte budgétaire actuel.
⚡️L’exécutif présente ainsi la PPE3 comme en cohérence avec la proposition de loi Gremillet, mon collègue sénateur, initiative parlementaire ayant servi de point de référence pour fixer certains objectifs de production d’énergie renouvelable à l’horizon 2030.
La feuille de route reconnaît par ailleurs que l’électrification ne suffira pas à couvrir l’ensemble des
usages énergétiques. Elle prévoit donc une montée en puissance marquée des vecteurs bas carbone pour remplacer le pétrole et le gaz fossile. Le biométhane injecté dans les réseaux devra ainsi passer de 9 TWh en 2023 à une fourchette comprise entre 47 et 82 TWh en 2035, offrant de nouvelles perspectives économiques au monde agricole. La méthanisation est vue comme un levier de souveraineté en réduisant la dépendance aux engrais importés et en sécurisant les coûts pour les exploitants. Le soutien à cette filière reposera sur des dispositifs « non-budgétaires », comme les certificats de production de biogaz (CPB).
Le soutien à la chaleur renouvelable est lui aussi renforcé, avec un objectif de production compris
entre 328 et 421 TWh, reposant notamment sur la géothermie profonde et le solaire thermique.
L’ambition est particulièrement forte sur la géothermie (profonde et de surface), alors que la PPE3
vise une multiplication par cinq d’ici 2035, financée par le Fonds Chaleur et le prolongement des aides MaPrimeRénov’. Dans l’industrie lourde, l’hydrogène décarboné est appelé à jouer un rôle central, avec une cible de 8 GW de capacités d’électrolyse installées d’ici 2035 (4,5 GW dès 2030). Les biocarburants verront enfin leur consommation portée jusqu’à 90 TWh, afin de répondre aux besoins des secteurs aérien et maritime, difficiles à électrifier. La montée en puissance sera pilotée par un nouveau mécanisme : l’IRICC, incitant à la réduction de l’intensité
carbone des carburants. Un tel système repose sur une obligation d’incorporation, ce qui évite un
soutien budgétaire direct de l’Etat.
⚡️L’essor des énergies intermittentes a un corollaire : la modernisation en profondeur du système électrique. Rappelons que le gouvernement a engagé des réformes réglementaires pour mieux gérer les situations de surproduction – notamment lors des épisodes de prix négatifs – et prévoit une refonte complète du mécanisme de capacité d’ici l’hiver 2026-2027, afin de sécuriser les pointes de consommation. RTE doit présenter cette année un nouveau schéma décennal de développement du réseau, évalué à 100 milliards d’euros sur quinze ans. Ce plan doit permettre d’adapter les infrastructures aux nouveaux flux de production, au changement climatique et aux besoins de flexibilité. Le parc nucléaire est également mis à contribution, sa capacité de modulation ayant déjà doublé entre 2023 et 2024 pour s’adapter aux variations de la production renouvelable.
⚡️ Equation financière :
La réussite de ces trajectoires repose sur une équation financière visant à contenir la charge publique, tout en offrant de la visibilité aux investisseurs. Le recours généralisé aux contrats pour différence (CfD) doit permettre de stabiliser les prix de l’électricité et de capter les rentes excessives. Rappelons que ce mécanisme permet à l’Etat d’être « dérisqué » : il compense si les prix de marché sont bas, mais s’ils sont hauts, c’est le producteur qui lui rembourse l’excédent. A la clé : une division par deux de la charge publique liée au soutien aux renouvelables d’ici 2040.
Pour le nouveau nucléaire, le CfD sera fixé à un prix maximal de 100 euros/MWh. L’Etat s’engage par ailleurs à financer au moins la moitié des 51,7 milliards d’euros de coûts de construction des futurs réacteurs via des prêts bonifiés.
Au-delà de l’enjeu énergétique, la PPE3 se veut un moteur de réindustrialisation, avec plus de 120 000
emplois attendus d’ici 2030. Dans le détail, la filière nucléaire devrait atteindre 156.000 emplois et le
solaire photovoltaïque passerait de 18 920 à 56.760 emplois. L’éolien en mer connaîtrait la plus forte
progression relative, passant de 5080 à près de 34.000 emplois. La réindustrialisation sera portée
notamment par l’émergence de giga-factories de panneaux photovoltaïques et d’électrolyseurs (filière
hydrogène). L’intégration de critères de résilience issus du règlement européen « Industrie zéro net » (Net
Zero Industry Act) dans les appels d’offres entend favoriser les équipements fabriqués en Europe. Cette
dynamique doit être renforcée par une initiative nationale pour l’électrification, annoncée pour le
printemps à venir. Elle vise notamment la production d’un million de pompes à chaleur par an et le déploiement massif de véhicules électriques.
Le gouvernement va par ailleurs relancer dès ce mois les consultations pour des PPE spécifiques pour les
zones non-interconnectées (ZNI) – Corse et territoires d’Outre-mer – en visant l’autonomie énergétique et
la décarbonation, avec des mesures comme le soutien au petit photovoltaïque sur bâtiment.
⚡️Maintes fois retardée, la publication de la stratégie pour 2026-2035 est essentielle pour donner de
la stabilité et de la visibilité aux entreprises, sécuriser les investissements, et pour la compétitivité.
Elle ne répond pas à toutes les attentes bien sûr et on peut regretter qu’elle n’ait pas été soumise au parlement, mais le contexte actuel rendait impossible l’adoption d’un texte équilibré dans un calendrier décent. On n’a déjà que trop attendu.
Satisfaisons nous donc de ces avancées qui vont dans le bon sens…







