Au SénatCOVID 19 : la question vaccinale.

18 décembre 20200

Le Ministre de la Santé Olivier Véran est venu le jeudi 17 décembre au Sénat exposer un premier point concernant le futur process de vaccination contre le COVID 19.

Nous y reviendrons très probablement dans les prochaines semaines pour détailler le déploiement dans le Cantal.

Voici les propos du Ministre

M. Olivier Véran, ministre des solidarités et de la santé  :

Notre pays affronte la pire crise sanitaire qu’il ait connue depuis un siècle. Loin de perdre en intensité, le virus continue à progresser.

La situation sanitaire reste préoccupante. Nous avons atteint depuis une dizaine de jours un plateau qui se stabilise malheureusement à un niveau qui ne permet pas encore de garantir une pleine maîtrise de la circulation virale, alors même que les fêtes de fin d’année approchent.

La deuxième vague est loin d’être derrière nous. Aussi la prudence et la vigilance devront rester de mise pendant de longues semaines encore.

L’arrivée du vaccin et le lancement, dans les toutes prochaines semaines, de la campagne vaccinale dans notre pays constituent cependant un grand motif d’espoir.

Le Gouvernement a souhaité préciser au Parlement les fondements de notre stratégie vaccinale, ses modalités de mise en oeuvre, mais aussi la façon dont nous l’intégrons au dispositif global de lutte contre le virus.

Il est essentiel que nous puissions, ensemble, engager un débat constructif sur ce sujet.

C’est la raison pour laquelle, au-delà de cette séance, un cadre de dialogue pérenne a été installé avec la mise en place d’un comité permanent comprenant les présidents de chacune des assemblées et les présidents des groupes parlementaires.

L’arrivée du vaccin est une étape très importante car ce peut être la solution qui protégera durablement la population française face au virus.

Je sais que ce que nous serons collectivement à la hauteur. Depuis le début de cette crise sanitaire, le Sénat a été une force motrice, parce que les territoires, les collectivités territoriales, les élus locaux, ont été, eux aussi, en première ligne face à la détresse de nos concitoyens.

Dès le printemps dernier, la France a pris l’initiative d’une task force européenne capable de constituer une seule force d’achat de façon à peser dans les négociations et éviter une compétition contreproductive entre les pays européens.

Les résultats sont là et nous avons précommandé près de 200 millions de doses permettant de vacciner 100 millions de personnes, car la plupart des vaccins exigent deux injections.

À ce stade, les vaccins les plus avancés sont ceux de Pfizer-BioNTech et de Moderna. Mais d’autres vaccins sont en phase 3 des essais cliniques et pourraient donc être disponibles dans les mois qui viennent.

La stratégie vaccinale n’est pas été construite ex nihilo : elle s’appuie sur les recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS) relatives à la priorisation des populations à vacciner et comporte plusieurs étapes, dont la première doit débuter très prochainement.

Nous visons les premières vaccinations d’ici la fin du mois de décembre, peu après Noël, si les autorités sanitaires indépendantes nous y autorisent, dans un cadre de coopération européen. Le public prioritaire, le plus vulnérable face à la maladie, est constitué des personnes âgées en hébergement collectif, Ehpad, résidences services et résidences seniors, unités de soins hospitaliers de longue durée.

Nous protégerons aussi les hommes et les femmes qui prennent soin d’eux, c’est-à-dire tous les soignants de plus de 65 ans ou ayant des comorbidités. Des précisions seront fournies par un avis complémentaire de la HAS sur les structures non-spécialisées qui accueillent des personnes âgées. Cela concerne environ un million de personnes. C’est dire l’ampleur du défi que nous avons à relever.

Cette première étape sera décisive, mais les personnels des établissements pour personnes âgées ne seront pas seuls pour la franchir, je m’y engage. Ils seront informés à l’avance, les ARS se tiendront à leurs côtés pour que l’approvisionnement se déroule dans les meilleures conditions. Nous les accompagnons déjà, avec Brigitte Bourguignon, ministre déléguée chargée de l’autonomie.

Pour cette première étape, nous avons fait un choix essentiel, que j’assume pleinement : celui de l’information claire, loyale et appropriée dont on s’assure qu’elle a été correctement transmise, ainsi que le recueil du consentement de la personne ; si celle-ci n’a pas suffisamment d’autonomie pour exprimer clairement son consentement, nous demandons alors aux équipes soignantes dans les établissements d’aller rechercher le consentement de la famille. Cela prendra forcément un peu de temps, mais nous enverrons une instruction, dès que nous aurons les recommandations de vaccination, aux dix mille directeurs d’établissements pour personnes âgées pour leur demander de commencer cette consultation médicale pré-vaccinale. Personne ne se verra injecter un vaccin, sans check-up médical pour vérifier qu’il n’y a pas de contre-indications éventuelles,, qu’elle a été clairement informée et qu’on a recueilli son consentement. Personne ne se verra imposer la vaccination en France. Même si ce choix n’a pas été fait par d’autres pays, je suis certain que vous y serez sensibles.

Lors de la deuxième étape, selon le rythme de livraison des doses de vaccins – certains laboratoires ont pris du retard – nous élargirons progressivement les catégories de personnes : les plus de 75 ans, puis les personnes âgées entre 65 et 74 ans et enfin les professionnels de santé et du secteur médico-social âgés de 50 ans et plus ou présentant des comorbidités.

Avec le printemps, viendra une troisième étape, où nous étendrons progressivement la stratégie de vaccination à l’ensemble de la population générale majeure : les personnes âgées de 50 ans et plus ; les professionnels des secteurs essentiels au fonctionnement du pays en période épidémique (sécurité, éducation, secteur alimentaire) ; les personnes vulnérables et précaires, ainsi que les professionnels qui les prennent en charge ; les personnes vivant dans des hébergements confinés ou des lieux clos, puis tout le reste de la population majeure.

Pourquoi une personne de 70 ans en Ehpad serait-elle vaccinée avant une personne de 90 ans vivant à domicile ? Parce que nous savons, avec le recul, que les hébergements collectifs sont plus susceptibles de connaître des contaminations massives.

Nous sommes entrés dans l’organisation de la campagne vaccinale, une véritable épreuve logistique, à une échelle inédite.

La première étape correspondra à l’utilisation du premier vaccin mis à disposition, soit le vaccin Pfizer-BioNTech, sous réserve de l’obtention de l’autorisation européenne de mise sur le marché, qui devrait intervenir le 21 décembre, avant l’avis de la Commission européenne qui sera probablement émis le 23 décembre ; puis le comité technique de vaccination de la HAS donnera un avis pour la France, sans doute entre le 24 et le 27 décembre, nous permettant de commencer sans délai la campagne vaccinale.

La HAS précisera les contre-indications, au plan individuel, en fonction des données scientifiques : ce n’est pas le Gouvernement qui met en place le vaccin, pas plus que le virus, comme on le lit parfois sur certains réseaux ! Ce n’est pas le Gouvernement qui détermine la cible vaccinale, ou l’usage d’un vaccin plutôt qu’un autre… Notre rôle est de faire en sorte que les choses se passent bien, conformément aux données factuelles éclairées de la science ; notre objectif est d’apporter le bon vaccin, au bon patient, au bon endroit, au bon moment.

La chaîne logistique requise par le vaccin Pfizer est monumentale car il se conserve à -80°C. Je remercie les élus, dont le président du port de Sète, Jean-Claude Gayssot, qui nous ont fait savoir qu’ils avaient des laboratoires vétérinaires capables de stocker ces vaccins. Pour les conserver, il faut un congélateur sécurisé et doté d’un système d’information en propre, pour ne jamais briser la chaîne du froid.

Le vaccin est composé de brins d’ARN messager extrêmement fragiles et sensibles aux variations de températures. Une fois décongelé, nous n’avons que douze heures avant de devoir injecter le vaccin. La vaccination doit donc être planifiée et programmée, dans dix mille sites, dans les prochaines semaines. Nous nous appuyons en conséquence sur la compétence et la connaissance des pharmacies et des circuits logistiques spécialisés dans le transport de médicaments sensibles, en renforçant encore la sécurité, là où c’est nécessaire.

La deuxième injection doit être effectuée dans les 18 à 23 jours. Lors de la deuxième campagne, les personnes qui étaient dubitatives pendant la précédente pourraient recevoir la première injection, ce qui suppose une troisième campagne pour leur seconde injection. Nous avons la responsabilité collective d’apporter une information claire, loyale et appropriée pour renforcer la confiance et balayer les contrevérités.

Le vaccin Pfizer-BioNTech est issu d’une start-up allemande, en partenariat avec un groupe américain pour pouvoir produire plus massivement dans le monde. Les doses françaises seront produites en Belgique. Il est à ARN Messager, une innovation qui ouvre aussi des perspectives dans la lutte contre le cancer.

Ces brins d’ARN sont comme une petite partition qui entre dans la cellule, se traduit en protéine du virus, non pas pour reconstituer celui-ci, mais pour stimuler une réaction de défense immunitaire. La protéine est ensuite détruite et la mémoire immunitaire demeure : si le virus frappe un jour à la porte de la cellule, il est reconnu comme un intrus et empêché de rentrer. Le vaccin, d’après les études, protège les cellules des poumons ce qui empêche individuellement les formes graves qui mènent en réanimation.

Nous ne savons pas s’il protège les muqueuses naso-pharyngées, donc nous ne savons pas s’il empêche collectivement l’invasion virale pour les formes légères. Nous le saurons bientôt et pourrons ainsi évaluer si le vaccin protège contre la contagiosité. Il est encore trop tôt.

En revanche, nous savons scientifiquement, par les études publiques françaises, européennes, mondiales, qu’il protège les personnes susceptibles de faire des formes graves, donc les personnes âgées en établissements collectifs. Cela fonctionne : c’est une chance extraordinaire !

Dans le film Amadeus, Mozart compose une partition magnifique, dans laquelle l’empereur juge qu’il y a « trop de notes »… On ne découvre jamais un traitement ou un vaccin qui peuvent sauver des gens trop vite !

À chaque fois qu’un nouveau traitement arrive, je ne me demande pas, comme neurologue, s’il arrive trop vite, mais s’il est efficace. La médecine est magnifique ! Nous devons célébrer la science et le progrès dans lesquels nous devons avoir confiance. C’est un combat que nous menons avec Frédérique Vidal, ici présente, et que vous devez mener avec nous, bien au-delà de la vaccination !

Nous nous appuyons sur les compétences du professeur Alain Fischer, grand immunologue indépendant.

Le jour de la vaccination, il y aura un check-up de la personne, afin de vérifier qu’elle n’est pas malade ; il faudra être attentif à d’éventuels symptômes. Si tout va bien, il y aura première injection, une surveillance sera opérée et une deuxième injection aura lieu trois semaines plus tard.

Le mot « méthode » vient du grec « meta », au-dessus, et « hodos », le chemin, c’est « au-dessus du chemin ». La première balise de ce chemin, c’est la mobilisation générale. C’est un défi collectif : le Gouvernement n’entend pas travailler seul. Nous avons organisé des comités de suivi hebdomadaire avec l’ensemble des parties prenantes.

Je réunis toutes les semaines les représentants des professionnels de santé, les ordres et les syndicats au sein du comité des professions de santé, qui seront encore une fois en première ligne, ainsi que les représentants des hospitaliers, avec les fédérations et les conférences de directeurs et de présidents de commissions médicales d’établissement.

J’ai réuni près de vingt mille médecins en visioconférence la semaine dernière pour avoir un échange aussi direct que possible, et j’ai pu répondre à de nombreuses questions sur la vaccination.

Avec Brigitte Bourguignon, nous échangeons toutes les semaines avec les représentants des établissements pour personnes âgées qui vont, dans les prochaines semaines, jouer un rôle capital.

Nous associons pleinement les collectivités territoriales et les élus locaux à notre stratégie. Leur rôle est majeur, car ils ont une connaissance fine de leur territoire. J’ai réuni les représentants des principales organisations d’élus locaux, AMF, ADF, ARF, France urbaine…

Les collectivités territoriales pourront peut-être prêter main-forte à la vaccination dans les Ehpad reculés, repérer les personnes âgées isolées ou bien mettre à disposition des petits centres vaccinaux, et non d’immenses vaccinodromes. Les collectivités territoriales détiennent l’une des clés de la confiance.

Le Gouvernement a aussi saisi le Conseil économique social et environnemental afin qu’il installe un collectif de citoyens chargé d’émettre ses observations et de formuler des recommandations.

Je salue la cohésion européenne sur ce sujet. Je le dis devant Clément Beaune qui ne ménage pas ses efforts depuis des mois. L’Union européenne s’est montrée unie, soudée, ambitieuse, pour réussir cette campagne vaccinale historique. Avec nos homologues allemands, belges, espagnols, italiens, luxembourgeois, néerlandais mais également suisses, nous avons échangé avant-hier dans un esprit constructif et solidaire et allons coordonner le lancement de nos campagnes vaccinales.

Nous sommes à l’aube d’un vrai changement de braquet dans notre lutte contre l’épidémie. Pour en venir à bout, il faudra de la patience, de la transparence, de la confiance. C’est à ce prix seul que l’espoir, enfin, sera permis. »

 

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