Au SénatCommission des finances du Sénat : Table ronde au sujet de l’inflation.

12 janvier 20220
➡️ J’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer sur ce sujet et je reste convaincu qu’il s’agit là, à la fois d’une préoccupation première de nombre de français, et par ailleurs d’un risque économique et financier majeur pour notre pays. J’ai donc participé activement à la table ronde organisée ce matin par la commission des finances du Senat.
➡️ Nous avons en effet auditionné en commission des finances du Sénat Christophe BLOT, directeur-adjoint du département analyse et prévision de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), Charles-Henri COLOMBIER, directeur de la conjoncture et des perspectives à Rexecode, Olivier GARNIER, directeur général de la statistique, des études économiques et internationales à la Banque de France, et Jean-Luc TAVERNIER, directeur général de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), sur le niveau de l’inflation, ses perspectives et ses conséquences à moyen terme.
➡️ L’inflation se situe à un niveau élevé, 2,8% en décembre 2021, avec une perspective à 2,5% pour 2022. Tous les chiffres concordent et les perspectives à moyen terme font toutes état d’un retour de l’inflation au dessous de 2%, conforme à l’objectif de la politique monétaire de la BCE. Il est en effet considéré par tous que l’essentiel du pic d’inflation actuel est lié à la hausse de l’énergie, et qu’il devrait se réduire dans le courant de l’année 2022 de manière durable.
➡️ Après un choc de l’offre, nous connaissons une certaines hausse de la demande, certes bien moindre qu’aux États Unis qui enregistre une hausse des salaires susceptibles de faire craindre un cycle inflationniste plus conséquent. Il est néanmoins probable que nous ne maîtrisons pas encore toutes les conséquences de la transition énergétique et écologique engagée, susceptible d’engendrer une hausse durable et parfois conséquente des coûts.
➡️ Aussi si le scénario de la normalisation (croissance autour de 1,5% et inflation a moins de 2%) est le plus probable, certains n’écartent pas un scénario d’inflation (avec une croissance > à 1,5% et une inflation > à 2,5%), d’autres moins nombreux imaginent un scénario de stagflation (croissance < à 0,5% et inflation > à 2,5%).
➡️ Pour autant, ce manque d’inquiétudes, cette confiance en une inflation durablement maîtrisée en dessous de 2% et le maintien de taux d’intérêt bas, interrogent. Le ressenti de nombre de nos concitoyens, en particulier des français les plus fragiles dont les dépenses contraintes flambent ; des entreprises ; des élus locaux ; n’est pas le même. J’ai interrogé nos interlocuteurs sur cet écart entre les statistiques et la perception quotidienne que chacun peut en avoir. La « météo » du ressenti n’est pas la même que celle des « bulletins des spécialistes » et des statistiques.
➡️ De plus la France est très sensible à l’inflation importée du fait de notre déficit commercial endémique. Le poids de la dépense publique financée par la dette, très mobilisée pendant la crise, interroge aussi. Ce poids de notre sphère publique, entretient-il l’inflation ou l’inflation vient-elle éviter la dérive de nos charges publiques grâce à une politique monétaire accommodante et de taux d’intérêt toujours aussi bas? La BCE va stopper ses programmes d’urgence pour répondre à la pandémie en avril prochain, tout en conservant une certaine flexibilité dans les achats d’actifs et en réaffirmant son objectif de maintien de l’inflation en-deçà de 2%. Les politiques budgétaires françaises et allemandes sont plus divergentes que jamais. Cela ne manque pas d’inquiéter.
➡️ Déjà il ressort des analyses économiques que l’évolution prévisible du pouvoir d’achat des ménages en 2022 qui se situe à +0,3%, signifie de fait que leur pouvoir d’achat va diminuer, par la faute du niveau d’inflation actuel. Aussi si l’inflation n’est pas un problème macro-économique, la bascule vers un temps plus inflationniste peut constituer une difficulté pour nombre de français. Cela explique sans doute l’écart de ressenti, notamment pour ceux qui sont davantage soumis à des dépenses contraintes (logement, alimentation, énergie, déplacements). L’augmentation de la qualité des équipements (voiture, logement…) entraîne aussi un surcoût lié conjoncturellement à l’accroissement des coûts des matériaux mais aussi plus durablement à l’excès de normes et de contraintes réglementaires qui n’ont cessé de croître et dont nous n’avons peut-être pas toujours les moyens. Enfin, la volatilité des prix liés à la transition énergétique va être durable et nous ne pouvons continuer à l’ignorer.
➡️ Enfin, la question des salaires, de la hausse des salaires, ne peut, elle non plus, être plus longtemps ignorée. Elle peut nous engager dans un mouvement macro-économique inflationniste non maîtrisé, et pourtant elle est une nécessité pour beaucoup. Elle nécessitera un questionnement profond non seulement de l’évolution des prix (les professionnels de l’alimentation annoncent des hausses à venir conséquentes), de la juste rémunération de nos productions agricoles et lndustrielles, mais aussi du niveau de rémunération. On le voit déjà avec des approches sectorielles, mais la nécessité d’un rebasage plus large passera aussi par le questionnement du financement de notre système de protection sociale qui pèse encore trop sur les seuls salaires. C’est d’autant plus pénalisant dans un pays qui vient d’atteindre un niveau de déficit commercial inégalé de 100 milliards d’euros, qui dépend de financement extérieur pour sa dette qui avoisine les 3000 milliards d’euros, et qui ne peut laisser planer le risque non seulement d’une stagnation des salaires, mais aussi du passage d’une faible rémunération de l’épargne à un risque de « confiscation » du fait de fondamentaux économiques trop dégradés.
➡️ Cette table ronde a été éclairante mais les constats qu’elle dresse semblent parfois déconnectés de la réalité quotidienne que vive les français. Il nous appartient de proposer des orientations, des actions, pour agir. Les pansements du chèque inflation ou des 8 milliards « jetés par la fenêtre » destinés à limiter à 4% la hausse des prix de l’énergie, ne répondent pas à cet enjeu et ne font que repousser l’échéance.

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