🏛 Travaux prĂ©paratoires Ă  l’examen au SĂ©nat du Projet de loi relatif aux mesures d’urgence pour la protection du pouvoir d’achat :

20 juillet 2022
đŸ’ĄđŸ’¶ Nous avons commencĂ© Ă  examiner au SĂ©nat ce texte, en rĂ©union de groupe et en commission, avant son passage en sĂ©ance Ă  compter du 28 juillet. A ce titre, la commission des finances a aussi entendu ce matin conjointement Mme AgnĂšs BÉNASSY-QUÉRÉ, chef Ă©conomiste Ă  la direction gĂ©nĂ©rale du TrĂ©sor, MM. Éric CHANEY, conseiller Ă©conomique de l’Institut Montaigne, Denis FERRAND, directeur gĂ©nĂ©ral de Rexecode et Mathieu PLANE, directeur adjoint du dĂ©partement analyse et prĂ©vision de l’Observatoire français des conjonctures Ă©conomiques, sur le thĂšme de l’inflation et du pouvoir d’achat.
đŸ’ĄđŸ’¶ Le coĂ»t de l’énergie pĂšse lourd, aux alentours de 40% dans le dĂ©ficit commercial de la France. Il pĂšse aussi lourd dans le budget des Français et il contribue aussi Ă  l’essentiel de la hausse de l’inflation, avec les dĂ©penses alimentaires. Certains choix effectuĂ©s depuis 10 ans pĂ©nalisent aujourd’hui notre compĂ©titivitĂ© et nous fragilisent, alors que le nuclĂ©aire nous confĂ©rait une compĂ©titivitĂ© Ă©conomique et sociale sans Ă©gal. Ainsi nous importons dĂ©sormais de l’inflation et nous sommes de fait entrĂ©s dans une situation de stagflation face au choc d’offre auquel nous avons Ă  faire face liĂ© Ă  la situation post Covid et Ă  la crise Ă©nergĂ©tique.
đŸ’ĄđŸ’¶ Il ressort de ces Ă©changes que la France est plus sensible que d’autres Ă  un risque d’inflation durable du fait des mĂ©canismes d’indexation trĂšs prĂ©sents dans notre pays comme en Italie, en Espagne et en Belgique. La BCE est dĂ©pourvue, entre hausse des taux pour tenter de ramener l’inflation Ă  2% et coĂ»t gĂ©nĂ©rĂ© sur les dettes publiques de cette politique monĂ©taire en particulier pour l’Italie, trĂšs fragilisĂ©e par sa situation actuelle et qui constitue un risque de crĂ©dits pour l’Europe dans son ensemble. La France est le deuxiĂšme pays sur la liste des risques crĂ©dits.
đŸ’ĄđŸ’¶ Le risque de rĂ©cession est grand et devrait survenir Ă  l’échelle mondiale dĂšs cette fin d’annĂ©e 2022. Celle-ci permettrait, avec toutes les consĂ©quences nĂ©gatives gĂ©nĂ©rĂ©es par ailleurs, de retrouver un prix des matiĂšres premiĂšres Ă  la baisse et un rempart Ă  l’inflation. Nous ne pouvons la souhaiter, mais nous nous devons de nous prĂ©parer Ă  l’aborder plutĂŽt que de demeurer dans le dĂ©ni comme nos dirigeants y complaisent trop souvent et trop longtemps.
đŸ’ĄđŸ’¶ A ce stade les pistes identifiĂ©es par les spĂ©cialistes pour lutter contre l’inflation sont de plusieurs ordres :
đŸ’¶ RĂ©duire les charges salariales de maniĂšre temporaire pour accroĂźtre le salaire net sans augmenter le coĂ»t du travail, mais cela a une incidence sur le dĂ©ficit budgĂ©taire,
đŸ’¶ Limiter la hausse des prix de l’énergie, c’est la logique dans laquelle le Gouvernement est engagĂ©e, mais elle n’est pas durable sans rĂ©forme de structure,
đŸ’¶ RĂ©duire la demande de produits Ă©nergĂ©tiques, soit par une augmentation du prix (ce n’est pas le choix qui est fait aujourd’hui), soit par un rationnement (choix dĂ©jĂ  fait par les Allemands par exemple).
đŸ’ĄđŸ’¶ On peut aussi penser que faire reculer la dĂ©bureaucratisation en accĂ©lĂ©rant les procĂ©dures pour dĂ©bloquer des projets d’investissement serait de bonne augure et surtout sans coĂ»t pour la sociĂ©tĂ©.
đŸ’ĄđŸ’¶ Nous vivons aujourd’hui un choc d’offre, avec une impossibilitĂ© de produire davantage pour des raisons de disponibilitĂ© de matĂ©riaux et d’insuffisance de main d’Ɠuvre, auquel l’Etat rĂ©pond par une intervention sur la demande, ce qui peut paraitre trĂšs paradoxal.
đŸ’ĄđŸ’¶ La « sur Ă©pargne Covid » est dĂ©jĂ  partiellement sollicitĂ©e et pourrait ĂȘtre consommĂ©e Ă  80% d’ici fin 2022, uniquement pour la consacrer Ă  la consommation. Il conviendrait plutĂŽt de l’orienter vers l’investissement et non la consommation. Cela revient aux propositions que j’avais pu faire sur l’orientation de l’épargne vers l’économie productive locale, notamment dans le cadre de fonds souverains rĂ©gionaux.
đŸ’ĄđŸ’¶ Deux derniĂšres donnĂ©es enfin, pour aborder ce dĂ©bat, ne manquent pas d’inquiĂ©ter. D’abord , et mĂȘme si on peut se satisfaire de la baisse du chĂŽmage, on constate que notre Ă©conomie a aujourd’hui besoin de 3% de main d’Ɠuvre supplĂ©mentaire pour produire la mĂȘme valeur ajoutĂ©e, ce qui signifie que notre productivitĂ© est en baisse. Or c’est lĂ  le principal levier pour gĂ©nĂ©rer une croissance structurelle. Note dĂ©ficit d’innovation se conjugue donc dĂ©sormais avec un niveau de productivitĂ© limitĂ©. Ensuite, les besoins en investissements pour rĂ©pondre Ă  l’objectif de zĂ©ro carbone en 2050, auquel nous avons souscrit, sont Ă©valuĂ©s entre 40 et 50 milliards d’euros par an ! C’est totalement inatteignable au regard de la situation de nos finances publiques. Il conviendrait donc d’en tirer les enseignements nĂ©cessaires avant d’engager toute notre Ă©conomie vers l’abĂźme et de continuer Ă  contraindre les Français.
đŸ’ĄđŸ’¶ Ainsi parmi les propositions que nous allons faire pour amĂ©liorer le texte, deux principes directeurs vont guider notre action :
đŸ’¶ Prendre des mesures qui favorisent le travail,
đŸ’¶ Amorcer des mesures d’économies budgĂ©taires.
A ce titre, on peut noter les avancĂ©es suivantes dans le texte en cours d’examen Ă  l’AssemblĂ©e nationale mais aussi encore certaines limites qu’il conviendra de traiter : instauration d’une prime de partage de la valeur (en substitution Ă  la prime inflation) dispositif souple et complĂ©mentaire Ă  l’intĂ©ressement et Ă  la participation, baisse des cotisations sociales des indĂ©pendants, ajustement au niveau des branches liĂ© Ă  l’évolution du SMIC, revalorisation anticipĂ©e de 4% des retraites et des minima sociaux, dĂ©conjugalisation de l’AAH, reprise temporaire des centrales Ă  charbon, hausse de 3,5% de la valeur du point d’indice et des APL, plafonnement de la hausse des loyers Ă  3,5%, suppression de la redevance audiovisuelle, mesures pour maintenir le bouclier tarifaire Ă©nergĂ©tique au niveau du gaz et de l’électricitĂ©, mesures pour limiter la hausse du coĂ»t des carburants, mesures d’indexation des coĂ»ts du transport routier, rĂ©alisation du terminal mĂ©thanier du Havre

đŸ’ĄđŸ’¶ Parmi les propositions que nous avons travaillĂ©es et que nous allons tenter d’introduire, je citerai :
đŸ’¶ La dĂ©fiscalisation et la dĂ©socialisation renforcĂ©es des heures supplĂ©mentaires,
đŸ’¶ La monĂ©tisation des RTT en exonĂ©ration de charges sociales de maniĂšre exceptionnelle et temporaire,
đŸ’¶ Le dĂ©blocage exceptionnel de l’épargne salariale,
đŸ’¶ La modification des conditions d’utilisation et d’attribution des titres restaurant,
đŸ’¶ La mise en place d’un crĂ©dit d’impĂŽt pour les frais de transports,
đŸ’¶ L’amĂ©nagement du temps de travail sur 4 jours pleins pour limiter les dĂ©placements,
đŸ’¶ L’assouplissement du cumul emploi / retraite,
đŸ’¶ Le conditionnement de l’évolution du montant du RSA au-delĂ  de 3,5% Ă  la rĂ©alisation de missions, 

đŸ’ĄđŸ’¶ A titre, plus personnel, j’ai fait valoir trois axes d’actions complĂ©mentaires pour lesquels je porterai des amendements :
đŸ’¶ La nĂ©cessitĂ© d’introduire des mesures de soutien ciblĂ© en faveur des ruraux, victimes plus que d’autres (au moins 1% d’inflation supplĂ©mentaire par rapport Ă  la moyenne nationale), en particulier pour intervenir afin de minorer le coĂ»t du fioul et du granulĂ© bois (ce dernier a explosĂ© ces derniĂšres semaines, victime de spĂ©culations) au mĂȘme titre que le gaz et l’électricitĂ©,
đŸ’¶ L’extension de la portĂ©e des titres flĂ©chĂ©s qui prĂ©sentent l’avantage d’ĂȘtre dĂ©socialisĂ©s et dĂ©fiscalisĂ©s, bien au-delĂ  des titres restaurant : alimentation, mobilitĂ©, tĂ©lĂ©travail, loisirs
 comme le propose la PPL que j’ai dĂ©posĂ©e dĂšs fĂ©vrier dernier,
đŸ’¶ L’introduction d’élĂ©ments forts en direction des collectivitĂ©s territoriales, qui sont les grandes oubliĂ©es de ce projet de loi, en intervenant notamment pour compenser ou encadrer les surcoĂ»ts de l’énergie et plus largement les consĂ©quences de l’inflation qui les frappent, pour neutraliser le coĂ»t d’augmentation du point d’indice qui leur est imposĂ©e, pour prendre en compte les charges transfĂ©rĂ©es aux DĂ©partements au titre du RSA, pour engager des grands programmes d’investissement dans nos infrastructures territoriales (routes, voies ferrĂ©es, adduction d’eau, fibre, tĂ©lĂ©phonie mobile 
), pour mettre en place de maniĂšre effective une vĂ©ritable politique de simplification et de diffĂ©renciation.
đŸ’ĄđŸ’¶ J’ajoute que, comme le PrĂ©sident de la RĂ©publique avait annoncĂ© une rĂ©duction supplĂ©mentaire de 10 milliards d’euros sur les moyens accordĂ©s par l’Etat aux CollectivitĂ©s locales, alors mĂȘme que celles-ci ont fait face Ă  cette pĂ©riode difficile sans dĂ©gradation de leur ratio, il convient a minima de renoncer Ă  cette orientation pour Ă©viter bien sĂ»r une dĂ©gradation encore plus importante de notre Ă©conomie au regard du poids des collectivitĂ©s dans l’investissement public, mais aussi pour garantir un amĂ©nagement Ă©quilibrĂ© de notre territoire.
đŸ’ĄđŸ’¶ Enfin, une inquiĂ©tude renforcĂ©e quant Ă  l’énergie, et Ă  l’électricitĂ© en particulier, se fait jour. Non seulement notre production est dĂ©jĂ  insuffisante, alors que nous orientons des pans entiers de l’économie vers le tout Ă©lectrique, c’est le cas par exemple pour l’automobile, mais en plus nos rĂ©seaux, nos lignes, sont en outre Ă  saturation et ne peuvent supporter de transporter des volumes supplĂ©mentaires. Nos rĂ©seaux Ă©taient ainsi dĂ©jĂ  Ă  saturation en dĂ©cembre 2021.
Veillions donc dans ce domaine de l’énergie, comme dans d’autres tout aussi stratĂ©gique de l’alimentation ou de la santĂ© par exemple, Ă  ĂȘtre responsable et rĂ©aliste, tout en demeurant ambitieux.

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