
Face Ă un Gouvernement qui navigue Ă vue et a proposĂ© Ă la reprĂ©sentation nationale un budget critiquable en plusieurs points, le SĂ©nat a rejetĂ© hier en deuxiĂšme lecture le PLF (Projet de Loi de Finances) pour 2022. Il prĂ©sente en effet des caractĂ©ristiques qui ne sont pas acceptables, jâen citerais deux :

InsincĂ©ritĂ© : le niveau durable dâinflation nâest pas pris en compte et un amendement Ă plus de 36 milliards dâeuros, qui restera le plus cher de lâhistoire, au titre ds investissements dâavenir, a Ă©tĂ© introduit sans quâil soit financĂ©, pour ne citer que deux exemples.

DĂ©sĂ©quilibre : un budget qui creuse encore le dĂ©ficit (154MdsâŹ) et accroĂźt le besoin de financement par emprunt (298MdsâŹ). Rappelons quâen 2021, pour la premiĂšre fois de lâhistoire de notre pays, plus de la moitiĂ© des dĂ©penses courantes ont Ă©tĂ© financĂ©es par la dette!

Les Français, et les jeunes dâabord, commencent Ă sâinquiĂ©ter du poids de la dette et de la maniĂšre dont demain chacun sera appelĂ© Ă contribuer Ă son remboursement. Beaucoup ont en effet bien compris que lâenvolĂ©e de la dette, qui atteint aujourdâhui le niveau inĂ©galĂ© de 2800 milliards dâeuros (contre 1600 milliards en 2012), nâest due que de maniĂšre trĂšs partielle au coup de la crise sanitaire dâune part, et que dâautre part la dette se rembourse. Or avec le retour de lâinflation (et donc bientĂŽt dâune hausse des taux dâintĂ©rĂȘt) et une dette française dĂ©tenue Ă plus de 50% par des opĂ©rateurs Ă©trangers, nous rendent fragile et chacun sait que dĂšs 2023 le coĂ»t de la dette aura un trĂšs fort impact sur notre budget et donc sur tous les contribuables.

De plus, des angles morts demeurent dans ce budget alors mĂȘme quâil poursuit un « quoi quâil en coĂ»te » préélectoral qui a dĂ©jĂ conduit Ă alourdir les dĂ©penses de 35 milliards dâeuros depuis fin aoĂ»t, qui ne sont pas entiĂšrement budgetĂ©s. En effet, la question du marchĂ© unique de lâĂ©lectricitĂ© et de lâĂ©nergie nâest pas traitĂ©e, alors que la hausse des coĂ»ts impactent les Français et pĂšsent sur le budget de lâEtat, sans rĂ©gler la question de fond, mais en reportant Ă 2023 les charges pour les Français.

Olivier Dussopt, Ministre des comptes publics, a dâailleurs reconnu qu’on ne pouvait pas encore chiffrer le coĂ»t du plan du Gouvernement en la matiĂšre, concoctĂ© Ă la derniĂšre minute pour s’adapter aux derniĂšres prĂ©visions alarmantes sur la flambĂ©e des prix de marchĂ©. Ătant donnĂ© la volatilitĂ© de ces prix, il est en lâĂ©tat impossible d’anticiper le niveau qui sera atteint fin dĂ©cembre et qui servira au calcul du tarif rĂ©glementĂ© de vente (TRV). Par consĂ©quent, l’exĂ©cutif a prĂ©fĂ©rĂ© s’en tenir au coĂ»t annoncĂ© quelques semaines plus tĂŽt, Ă savoir les 5,9 milliards d’euros qui correspondent Ă la rĂ©duction de la taxe intĂ©rieure sur l’Ă©lectricitĂ© (TICFE). Mais cette baisse pourrait atteindre jusqu’Ă 7,9 milliards (les recettes de TICFE initialement attendues l’an prochain).
Ainsi lâamendement introduit en deuxiĂšme lecture Ă lâAssemblĂ©e Nationale est pour le moins original dans son contenu : il vise essentiellement Ă autoriser le gouvernement Ă dĂ©roger Ă la recommandation de tarif faite par la Commission de rĂ©gulation de l’Ă©nergie. En clair, il doit permettre aux ministres de bloquer « exceptionnellement au cours de l’annĂ©e 2022 » la hausse des prix Ă 4 %. Il prĂ©voit aussi un mĂ©canisme de rattrapage du tarif en 2023 et une compensation pour les fournisseurs.
En rĂ©alitĂ©, cette question renvoie aussi au dĂ©bat europĂ©en sur le marchĂ© de lâĂ©lectricitĂ© dans lequel la position de la France est minoritaire et pour lequel il nâest pas certain que la prĂ©sidence française de lâUE permette de rĂ©elles avancĂ©es au regard de la faiblesse structurelle de la France quant Ă sa situation financiĂšre.

Câest en fait une nouvelle dette contractĂ©e par lâEtat et qui devra ĂȘtre payĂ©e par les Français en 2023! Cette gestion, comme dâautres, qui renvoie en fait a une absence de vraies rĂ©formes au cours de ce mandat, est dâailleurs soulignĂ©e par lâOCDE dans son dernier rapport qui pointe, par-delĂ une reprise Ă©conomique en cours dynamique mais qui ne fait en fait que retrouver le niveau de 2019, une situation inquiĂ©tante pour notre pays qui est pratiquement engagĂ© dans un scĂ©nario Ă la grecque.