Points de vueMettre enfin un terme au double langage et répondre aux besoins de notre agriculture.

25 mars 20210

Depuis, plusieurs mois le Gouvernement ne cesse de dénoncer la situation de l’élevage bovin allaitant dont il reconnait la situation de crise et d’urgence. Mais en même temps, il n’agit pas, ni sur la loi EGALIM, ni sur les mesures d’urgence, et encore moins dans le scénario français avancé par le ministère de l’Agriculture sur la future PAC : attaque en règle des aides couplées, notamment celle aux bovins viande, transfert d’une partie des aides animales couplées vers les protéines végétales…

Nous devons nous mobiliser collectivement pour notre agriculture de montagne et notre élevage. Il en va de notre modèle agricole et de la vie de nos communes, il y va du niveau de revenu de nos éleveurs et du mode d’alimentation de tous les français.

Chacun a enfin compris le double langage d’un gouvernement qui ne cesse de vanter la souveraineté agricole, ou alimentaire, mais qui signe les accords de libre échange et renonce à une agriculture d’excellence, un gouvernement qui vante les bienfaits de la viande bovine et porte les projets d’une nouvelle industrie chimique qui veut nous faire avancer à marche forcé vers le steak végétal. Le constat est que notre balance commerciale agricole se dégrade et qu’à ce rythme nous devrons importer des biens alimentaires qu’aujourd’hui nous produisons d’ici 2026.

Chacun commence aussi à voir le double langage d’une « profession éclatée » qui ne défend pas de la même manière les zones d’élevage et celles de culture. Nos agriculteurs doivent être exigeants vis-à-vis de l’Etat comme de l’interprofession, faute de quoi c’est tout notre modèle agricole, tout le modèle de la PAC, qui seront durablement déstabilisés.

Les agriculteurs cantaliens sont mobilisés et revendiquent des prix couvrant leurs coûts de production, quoi de plus normal ! Il faut que ces colères soient entendus et ne se transforment pas en violence stérile.

Nos exploitants agricoles attendent les derniers arbitrages nationaux de la

futur PAC qu’il faut aujourd’hui réorienter. Historiquement la PAC fut une chance pour notre pays et doit le rester. Les deux réformes précédentes avaient permis de rééquilibrer les soutiens communautaires en faveur des productions animales et des zones de montagne. Mais en partie seulement : même en intégrant les subsides de l’ICHN, censée compenser les handicaps naturels des exploitations des massifs, les principaux bénéficiaires des soutiens européens (ramenés à l’actif) restent situés dans les zones de culture intensive.

Il est essentiel de parachever la convergence des aides à l’hectare (découplées de la production) engagée en 2013 et de porter le niveau du paiement redistributif (majoration des aides sur les 52 premiers hectares) de 10 à 20 %, et ce sans toucher par ailleurs au taux de couplage des aides animales, ni à l’ICHN. Une position que je partage avec les élus de la montagne réunis au sein de l’Anem, comme avec tous les parlementaires du Massif Central ayant consigné une intervention commune.

D’autres arbitrages sont également attendus :  équilibre entre le premier et le second pilier, ICHN dédiée exclusivement à l’élevage et revalorisée, l’herbe doit permettre la rémunération éco-scheme sans autre condition, refus de choisir entre premier et deuxième pilier car nous avons besoins des aides à l’hectare comme aux bâtiments.

Nous devons nous mobiliser pour un modèle agricole réellement adapté à la moyenne montagne qui d’ailleurs ne dépend pas que de l’Europe. C’est aussi à nous de montrer le chemin : qualité, différenciation effective, autonomie alimentaire, circuits courts, démarches collectives, diversification, politique foncière favorisant les exploitations à taille humaine (familiale ou non), arrêt de ma course à l’hectare synonyme de désertification rurale, une agriculture premier pilier de l’environnement… Ces questions ne peuvent être traités que par les professionnels, elles doivent l’être par le débat public, par la société tout entière, par la représentation nationale trop souvent laissée à l’écart de ces question essentielles.

Il s’agit en fait d’un modèle alimentaire, d’un modèle de santé, d’un modèle de société, qui nous concerne tous. Nous ne pouvons renoncer, nous ruraux et agriculteurs, à ce que nous sommes et à ce que nous offrons à tous nos concitoyens.

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