La crise qui vient….

13 avril 2026

🖋️ La crise qui vient.

➿La situation des finances publiques françaises évoque de plus en plus le conte ukrainien « La Moufle ». Au coeur de l’hiver, les animaux s’y entassent pour se réchauffer du hérisson à l’ours, jusqu’à ce qu’une minuscule fourmi provoque l’explosion de l’habitacle. Malgré une apparente amélioration du déficit, notre moufle est aujourd’hui proche de céder.

➿Tous les regards se tournent vers la crise qui vient, nourrie par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Les contours de la crise restent incertains, mais les effets déjà visibles : hausse des prix de l’énergie de l’ordre de 60 %, retour de l’inflation de 2,5 %, et possible durcissement monétaire. Une remontée des taux par la Banque centrale européenne frapperait de plein fouet des finances publiques déjà fragilisées.

➿ En théorie, l’inflation peut améliorer les comptes publics en dopant les recettes. Mais cette mécanique a été largement neutralisée ces dernières années. Le maintien de l’indexation des retraites, les boucliers tarifaires et les dispositifs de soutien ont dépassé les gains attendus. La Cour des comptes estime ainsi à près de 88 milliards d’euros le surcroît de dépenses liées à l’inflation sur 2022-2023. Le choix a été clair : amortir le choc plutôt que restaurer des marges de manoeuvre.

➿ Mais les chocs se répètent à une fréquence de plus en plus élevée car tous les fondamentaux de l’ordre du commerce international ont disparu. Cette récurrence rend l’arbitrage budgétaire de plus en plus difficile et coûteux. Une inflation persistante pèsera sur la croissance, tandis que l’objectif de stabilisation de la dette – environ 100 milliards d’euros d’efforts – devient vertigineux, à l’approche d’échéances politiques majeures.

➿ La tentation politique va être très forte pour intervenir. Le gouvernement a déjà annoncé mettre en place un plan de soutien à l’activité des secteurs économiques les plus touchés : 70 millions d’euros en avril 2026 en aides forfaitaires et en prêts aux professionnels et des annonces grand public sur les tickets-restaurants et l’avancement des chèques énergie. Mais cette réponse souligne surtout que l’absence de marges budgétaires dans un monde instable est une vulnérabilité trop importante.

➿ Cette situation révèle aussi une forme d’amnésie collective. Depuis la pandémie et l’invasion russe en Ukraine, les chocs inflationnistes s’enchaînent, sans que les efforts de planification énergétique et industrielle soient à la hauteur. Le plan d’électrification visant à réduire la dépendance au pétrole et au gaz aurait dû être engagé plus tôt par les pouvoirs publics, même s’il faut saluer l’annonce d’EDF de subventionner directement l’électrification des usages des ménages modestes et des petites entreprises pour stimuler la demande nationale et réduire nos dépendances extérieures. Les politiques nécessaires – électrification, réindustrialisation, souveraineté numérique, militaire et sanitaire – sont connues, mais tardent à se déployer alors même qu’elles sont très longues à produire leurs effets. Il faut que nos politiques industrielles ne soient pas uniquement réactives mais nous servent sur le long terme dans un monde qui change.

➿ La France n’est pourtant pas étrangère à la planification énergétique et industrielle, qui correspond à ses choix historiques en matière d’autonomie nucléaire et de maintien d’une base industrielle et technologique de défense robuste en temps de paix. Mais encore faut-il transformer ces choix en leviers économiques par davantage d’amplification, de constance et de marges de manoeuvre financières. Cela suppose de rompre avec une gestion strictement réactive pour adopter une véritable stratégie de résilience et de compétitivité. Autrement dit, cesser d’attendre que la moufle éclate : cesser de subir les crises pour structurer nos politiques publiques en anticipation de leur survenance.

➿ Par ailleurs ce qui est clair, c’est que l’économie mondiale est prise en otage par l’incroyable absence d’anticipation des Américains sur le blocage du détroit. Et donc du cinquième du pétrole et du gaz mondiaux qui y transitaient chaque jour avant le déclenchement de la guerre. Outre-Atlantique, le gallon d’essence a flambé de 40 % en six semaines, et l’Asie comme l’Europe prennent de plein fouet la vague inflationniste. Il est tout aussi évident que l’actuel régime iranien ne mérite aucune sympathie. Il écrase sa population dans le sang quand elle manifeste et pratique le terrorisme au moins par procuration depuis des décennies. Il entend aussi poursuivre son programme nucléaire militaire dans un objectif peut-être offensif, puisque la destruction d’Israël reste un de ses objectifs.

➿ Mais la responsabilité de sortir de cette impasse incombe au seul Donald Trump, dont la confiance en lui n’a d’égale que sa solitude dans l’exercice du pouvoir. Après avoir depuis quatorze mois humilié et méprisé le Japon, l’Australie, le Canada et l’Europe (entre autres), il ne peut espérer obtenir leur aide.
Désormais, chantage et surenchère ne suffisent plus, la nécessité de passer du coup de poker à la stratégie du jeu d’échecs ne garantit pas la victoire de celui qui se veut le champion du deal.

➿ Le manque d’anticipation qui semble régner en maître dans notre pays comme chez Trump, conduisant au chantage comme mode de gouvernement (le dernier exemple en date étant la nouvelle menace de censure des socialistes si les boulangers et les fleuristes devaient être autorisés à travailler le 1er mai, et le repli immédiat en réponse d’un gouvernement de plus en plus faible) montre la déliquescence de l’occident et sa faiblesse.
Nous sommes loin d’être au rendez-vous de l’histoire ! Voilà pourtant ce qui devrait nous mobiliser collectivement bien plus que nous agiter individuellement et inefficacement !

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