🖋️ Dix ans d’En Marche ! : trois leçons pour 2027.
➿ Il y a dix ans, Emmanuel Macron lançait son mouvement, En Marche ! On ne voyait pas bien quel espace politique le jeune ex-ministre pensait pouvoir occuper, entre Alain Juppé, favori des sondages, et François Hollande, dont personne n’imaginait qu’il ne se représenterait pas. La quasi-totalité de la scène politique le regardait avec incrédulité et ironie.
➿ Il y a dix ans en effet, le 6 avril 2016, Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie de François Hollande, annonçait le lancement d’un « mouvement politique nouveau ». Il n’était alors officiellement pas question de se présenter à l’élection présidentielle : « Pas ma priorité », se récriait le trentenaire, qui baptisait tout de même son parti En marche, avec des initiales répondant aux siennes, signe d’une ambition personnelle dévorante. On connaît la suite.
➿ Il y a dix ans, quand Emmanuel Macron créait son mouvement devant ses sympathisants réunis à Amiens, sa ville natale, la vidéo promotionnelle de lancement d’En marche appelait à « en finir avec l’immobilisme », désigné comme « le mal français, le mal d’un pays sclérosé par les blocages ». Immobilisme, blocages, sclérose : un bon résumé de la situation politique de la France d’aujourd’hui. Depuis 2016, la plongée du « mouvement » macroniste dans la léthargie a quelque chose de vertigineux. La « grande marche » des « helpers » branchés, les images léchées d’un jeune président gravissant quatre à quatre les escaliers de l’Élysée, le défilé de réformes tambour battant dans les premiers mois : tout cela s’est rapidement heurté au mur des contestations endogènes et des crises exogènes.
➿ Pourtant nous pouvions être nombreux à nous ranger parmi ceux qui furent sensibles au vent de fraîcheur qu’il pouvait faire souffler sur un jeu politique statufié.
➿Cette archive a bien vieilli. Car on ne pourra pas retirer à Emmanuel Macron le mérite d’avoir osé se lancer. Aujourd’hui, d’ailleurs, on se demande bien au sujet de qui on pourrait écrire de tels mots, alors que ce ne sont pas les candidats qui manquent. A ceux-là, l’histoire d’Emmanuel Macron enseigne trois leçons.
➿ La première est la nécessité de l’audace. Tout a été dit sur l’incroyable alignement de planètes dont a bénéficié Emmanuel Macron. Mais sans une prise de risque initiale, il n’y aurait pas eu de planètes à aligner. A méditer par ceux qui, aujourd’hui, pensent urgent d’attendre en regardant osciller les sondages.
➿ Deuxième leçon, pour ceux qui pensent que l’expérience donne une longueur d’avance : conquérir le pouvoir et l’exercer sont certes deux arts distincts, mais il n’y a pas de mandat sans victoire. Or, dans les urnes, le combat sera plus dur que jamais.
➿ La certitude de l’emporter au second tour face au RN, qui faisait partie intégrante des stratégies d’il y a dix ans, n’existe plus. Les électeurs, polarisés ou éloignés des urnes, seront plus durs à convaincre. Les errements du second quinquennat d’Emmanuel Macron y sont pour beaucoup. C’est la troisième leçon qu’il transmet malgré lui : avant de demander le pouvoir au peuple, mieux vaut savoir ce qu’on veut en faire.
➿ Emmanuel Macron avait réussi à susciter un élan sur son nom et son slogan du « dépassement », hors des primaires et des cadres partisans. C’était il y a dix ans. Une éternité.



