✒️ TRIBUNE : « Pas de miracle en 2027, sauf si… »
🗞️Pour Gilles Le Gendre, ancien député de Paris (2017-2024), ex-président du groupe La République en marche à l’Assemblée nationale, la crise systémique implique pour le futur président de recourir à une méthode et de revoir l’édifice constitutionnel afin de réussir là où Emmanuel Macron a échoué.
❗️…. Un constat que je partage assez largement et que je livre à votre lecture et votre analyse …
💬 « S’il est une idée qui relève de l’incantation magique, c’est celle – largement partagée – qu’il suffirait d’attendre 2027 pour imposer dans le débat public (puis dans les faits) les réformes nécessaires au redressement de notre pays et mettre fin à la spirale dangereuse dans laquelle celui-ci est entraîné depuis la réélection d’Emmanuel Macron, plus encore avec la dissolution insensée de 2024. Cinq années pour rien, ou presque, c’est une affaire entendue. Mais rassurez-vous, Françaises, Français, la présidentielle, élection reine de la République, vous garantit la sortie de ce trop long tunnel !
L’accession au pouvoir du Rassemblement national, hypothèse non la moins probable, mais la plus dangereuse, opposerait un démenti brutal à ce fol espoir. Loin d’amorcer le retournement, la victoire de Mme Le Pen ou de M. Bardella accélérerait le déclassement. Mais sur les autres bords, le scénario qui se dessine n’est pas plus rassurant. L’aplomb de la meute des candidats issus des anciens partis de gouvernement à s’imaginer en sauveurs de la République en 2027 dépasse la part de folie inhérente à qui aspire à la fonction suprême. Il trahit une sous-estimation inquiétante de la gravité et de la nature de la crise qui frappe notre pays. Tout en renforçant chez les Français le soupçon qu’aucun des compétiteurs encore à l’échauffement ne serait capable de la résoudre.
Cette crise n’a rien d’accidentelle, comme celles que tous les pays affrontent périodiquement. Elle n’est pas, pas uniquement, une crise de régime qu’un seul ajustement institutionnel, même d’envergure, réussirait à guérir. Cette crise fait trembler tous les piliers qui tiennent notre nation et sur lesquels s’appuie notre démocratie : société fracturée, institutions bloquées, modèle social asphyxié, services publics éreintés, finances publiques noyées, industrie atrophiée, écologie déboussolée, démographie déprimée, dynamique européenne grippée, état de droit contesté… Parce qu’il est protéiforme, le « mal français », qui n’est pas que français, complexité supplémentaire, ne s’identifie pas complètement aux effondrements auxquels il est tentant de le comparer : celui de 1945, causé par la guerre ; celui de 1958, par la question coloniale. Plus sournois, mais non moins alarmant.
L’ère Macron épouse la courbe du délitement de notre pacte national et elle n’est pas pour rien dans le déni collectif où se complaît notre classe politique pour ne pas le voir. Ouvert sur une promesse fixant les enjeux au bon niveau, au point d’appeler nos compatriotes à faire la « Révolution », titre de son livre-programme, le mandat du président se termine sur un bilan consternant pour ceux, militants ou simples citoyens, qui avaient fait le pari de s’engager à ses côtés ou de voter pour lui : la France se porte moins bien en 2026 qu’en 2017.
Il en découle deux conséquences plus que fâcheuses. Par sa manière de gouverner, son style personnel, l’emprise de la communication sur l’action et la mutation d’un « en même temps » inspirant en zigzag déroutant, ce jeune président sans expérience politique a démontré que la charge était trop lourde pour lui. Du coup, il attire toutes les critiques, se privant tout seul du bénéfice des circonstances atténuantes que lui vaudraient l’ampleur inédite et l’ancienneté des défis qu’il prétendait relever et que ses procureurs semblent toujours ignorer, s’exposant à de douloureux réveils. Nettement plus ennuyeux pour la suite : toute ambition transformatrice audacieuse risque de buter sur le scepticisme des Français, sur le thème « On nous a déjà fait le coup ! »
Rien ne serait pourtant pire qu’une élection présidentielle, « comme d’habitude » ou « comme si de rien n’était », à laquelle les candidats, obnubilés par leur qualification au sein de leur propre camp, semblent limiter leur regard. Il ne suffit pas de souhaiter que le Rassemblement national soit défait deux fois dans les urnes, à la présidentielle et aux législatives éventuelles qui suivront. Pas plus qu’il serait réaliste de prétendre que l’élection d’un président de l’arc dit « républicain », à l’issue d’une compétition comme la Ve République en a connu une douzaine, refermerait, comme par enchantement, la parenthèse chaotique ouverte par la dissolution.
Notre histoire récente conduit à dresser trois constats incontestables.
1. Plus que le programme, aussi chatoyant soit-il, c’est une méthode sculptée au millimètre qui permettra au futur président de mener à bien les indispensables transformations : le diagnostic d’Emmanuel Macron était pertinent, son programme, entraînant, mais il avait oublié le mode d’emploi.
2. Nonobstant la dissolution, le fait majoritaire, pierre angulaire de la Ve République, a vécu : cette disparition oblige à revoir l’édifice constitutionnel, mais elle force aussi les partis politiques, aujourd’hui exténués, à réinventer leurs doctrines et leurs pratiques.
3. La réponse à la crise systémique ne peut pas être seulement institutionnelle : l’action publique (son organisation, ses moyens, ses agents), le modèle social, le pacte productif et écologique, pour n’évoquer que l’essentiel, doivent tous figurer dans le même paquet.
Référendum
Si 2027 devait s’inspirer de 1945 ou 1958 et assumer une imitation lointaine de l’héritage gaulliste, ce serait pour ouvrir une période d’exercice de pouvoirs exceptionnels pendant quelques mois qui suivront l’élection présidentielle. Ladite élection vaudrait alors mandat accordé au nouveau président par le peuple pour rebâtir durant cette période limitée l’ensemble de l’architecture publique ainsi que les fondements de notre pacte républicain et national.
Le périmètre de ce programme d’urgence serait défini pendant la campagne électorale. Il inclurait l’élection d’une assemblée constituante (comme en 1945) ou la formation d’un comité consultatif constitutionnel (comme en 1958), mais aussi un vaste dispositif d’ordonnances. Et les résultats de ces quelques mois de chantiers intensifs seraient soumis à l’approbation des Français par référendum. Mis provisoirement de côté, le Parlement trouverait néanmoins son intérêt dans la réforme à venir des institutions, lui permettant de jouer pleinement son rôle, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui, d’autant moins quand il s’agit d’engager les réformes rapides et radicales du pays.
Il faut espérer que sorte des urnes en 2027 ce président qui, sans se parer des plumes de l’homme providentiel, aurait le leadership pour réussir ce basculement décisif et en apparence paradoxal : substituer à la pratique verticale et jacobine du pouvoir une culture du compromis et de la contractualisation ; penser différemment les équilibres entre exécutif et législatif, entre l’État et les territoires, dans une logique de responsabilisation ; conjurer la faillite qui guette certains services publics… Et, par-dessus tout, redonner confiance aux Français dans la politique et ses représentants.
Parmi les candidats qui se bousculent aux portes de L’Élysée, le de Gaulle du XXIe siècle n’existe pas : qualité ne rime pas toujours avec quantité. Et les circonstances ne semblent pas réunies pour qu’émerge ce profil d’exception. Pour l’instant… »



