🧮 Un ajustement de 125 milliards d’euros d’ici
2032 est nécessaire pour stabiliser le ratio de dette publique, selon un rapport de quatre économistes missionnés par le gouvernement.
📍Le 26 mai dernier, le ministre de l’Economie Roland LESCURE et le ministre de l’Action et des Comptes publics David AMIEL avaient confié une mission sur « les enjeux de finances publiques de la France à l’horizon 2030 » à quatre économistes indépendants :
Mme Natacha VALLA, doyenne de l’Ecole du management et de l’impact de Sciences Po, senior
advisor de Lazard Frères ; M. Xavier JARAVEL, président délégué du Conseil d’analyse économique,
professeur d’économie à la London School of Economics ; M. Xavier RAGOT, président et directeur
des publications de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), professeur au département d’économie de l’Institut d’études politiques de Paris ; et M. Jean-Luc TAVERNIER,
inspecteur général des finances, ancien directeur général de l’INSEE. Notons qu’ils ont reçu le concours de M. Fabien BOUVET, inspecteur des finances pour la réalisation de leurs travaux.
📍Leur rapport de 37 pages a été rendu public hier. Les quatre économistes ont, comme les y invitait leur lettre de mission, travaillé sur l’évolution tendancielle des principaux indicateurs de finances publiques, en clair sur leur évolution à politique inchangée et cadre juridique constant. Selon leurs travaux, le déficit public atteindrait alors 5,9 % du PIB en 2027 et près de 6,8 % en 2030. La dette publique bondirait, elle, de 118,4 % du PIB en 2026 à plus de 130,5 % du PIB en 2030. Et la charge de la dette augmenterait d’environ 10 milliards d’euros par an, passant de 78 milliards
d’euros en 2026 à 124 milliards d’euros en 2030.
📍L’effet inéluctable de la charge de la dette sur la période étudiée, la moitié de la dégradation du déficit public se concentrerait sur l’année 2027 selon les auteurs du rapport qui souligne le rôle de la charge de la dette, qui atteindrait 89 milliards d’euros l’année prochaine, mais aussi le « dynamisme des dépenses du ministère des Armées dans le cadre de la trajectoire de la loi de programmation militaire » ; et « le dynamisme des dépenses de retraites (sous l’effet de la suspension de la réforme des retraites) et de santé (la progression de l’Ondam restant structurellement supérieure à la croissance potentielle) ». Les recettes marqueraient parallèlement le pas en 2027 avec la fin de la contribution exceptionnelle d’impôt sur les sociétés.
📍Les aléas d’ici 2030 sont bien sûr importants. Les quatre économistes ont par exemple retenu l’hypothèse d’un objectif de déficit public à 5 % du PIB atteint en 2026. Mais rien n’est moins sûr, le gouvernement ayant lui-même reconnu que cet objectif sera « difficile à atteindre » avec une prévision de croissance qui a été revue à la baisse. « Au plan structurel, l’évolution de l’élasticité des prélèvements obligatoires constitue un aléa important. Le rendement
de certains impôts (TVA, IS) a été inférieur aux prévisions ces dernières années, cette sous-performance demeurant partiellement expliquée », ajoutent les auteurs du rapport.
📍L’effet de la charge de la dette est quant à lui considéré comme « inéluctable » et il pourrait même
empirer. « Le refinancement des dettes passées à des taux plus élevés est prévisible et incontournable, et il apparaît peu probable que ce mouvent s’inverse à l’horizon 2030. Celui-ci pourrait du reste s’accentuer en cas d’épisode de hausse des taux pendant la campagne présidentielle, ou même subir un changement de régime fortement défavorable en cas de disruption sur les marchés de la dette, à l’instar des épisodes de forte volatilité survenus en 2017 du
fait de l’incertitude sur l’issue de la campagne », explique le rapport.
📍Les dépenses sociales pèsent lourd. Le rapport appelle à ne pas laisser filer le déficit sous peine de voir la dette publique culminer à 130,5 % du PIB en 2030 et courir le risque de conditions de financement dégradées sur les marchés. Des conditions de financement qui se sont déjà détériorées, souligne le rapport. A terme, les auteurs alertent sur le « poison lent » que constitue un trop fort endettement pour l’économie, avec un « effet d’éviction sur les autres dépenses publiques » et des marges de manœuvre réduites pour préparer l’avenir ou pour réagir en cas de crise.
« La France se finance désormais moins bien à dix ans que le Portugal et l’Espagne, et quasiment au même niveau que l’Italie. Au 1er juillet 2026, les écarts de taux souverains avec l’Allemagne étaient ainsi de 81 points de base (pb) pour la France, soit un niveau comparable à celui de l’Italie (79 pb) et désormais supérieur à celui de l’Espagne et de la Commission
européenne (50 pb chacun). Le Portugal, quant à lui, présentait début juillet 2026 un écart de taux avec l’Allemagne de 39 pb », indique le rapport.
📍Les quatre économistes chiffrent à 125 milliards d’euros l’effort d’ajustement nécessaire pour stabiliser le ratio de dette publique à long terme d’ici 2032, soit la fin du prochain quinquennat.
Concrètement, il s’agit de dégager un excédent primaire (hors charge de la dette) suffisant, de
l’ordre de 0,8 % point de PIB.
« Compte tenu des montants en jeu, on ne peut pas faire reposer l’ajustement sur un seul instrument
(économies de dépenses, surcroît de recettes, augmentation de la croissance). Il faudra à la fois faire
des économies, stimuler l’offre, et augmenter les recettes », souligne le rapport. « L’ampleur de l’ajustement est telle que les efforts devront être partagés, et qu’il est illusoire de penser qu’une partie minoritaire de la population (les ultra-riches, les fonctionnaires, les retraités, les étrangers, etc.) puisse subir tout l’ajustement », ajoutent les auteurs, sans livrer de préconisations précises.
Avec des « marges fortement réduites » pour augmenter les prélèvements obligatoires à un niveau déjà très élevé, le rapport considère « prioritaire d’interroger le montant et l’efficience des dépenses publiques qui sont plus élevées en part de PIB qu’ailleurs, et singulièrement dans des pays européens qui ont un modèle social comparable, c’est-à-dire en premier lieu les dépenses sociales (santé, retraites) ».
A politique inchangée, les dépenses de santé devraient augmenter mécaniquement de
40 milliards d’euros entre 2026 et 2030, soit une hausse de 15 %, le rapport évoquant « l’effet
du vieillissement (…), de la proportion croissante de la population relevant des affections de longue durée, de l’émergence régulière de thérapies coûteuses, de la difficulté à exprimer des gains de productivité à l’hôpital ». Pour les dépenses de retraites, c’est également une hausse de 13 %, soit +47 milliards d’euros qui est envisagée d’ici 2030.
📍La « volonté politique » condition clef de réussite de cet ajustement. Sans rien faire, sans décider de dépenses nouvelles de manière active, on a chaque année plusieurs dizaines de milliards d’euros de dépenses qu’on doit compenser par des efforts, ne serait-ce que pour rester à déficit stable.
📍L’inaction en matière de finances publiques n’est pas la stabilité. L’inaction c’est une trajectoire explosive pour notre dette publique. De fait, selon les quatre économistes, « il n’est pas envisageable de rester inactif en 2027, en repoussant le redressement dans le temps ».
Alors que le sujet de la dette devrait marquer la campagne pour l’élection présidentielle, le rapport
souligne que « la volonté politique est une condition clef de la réussite de l’ajustement ». Et déplore les mesures de rabots « privilégiées par les gouvernement successifs ». « Certes plus aisées politiquement, elles sont préjudiciables à la visibilité et à l’efficacité des politiques publiques et des services publics », écrivent Mme VALLA, MM. RAGOT, JARAVEL et TAVERNIER.
📍Les quatre économistes rappellent que le redressement des finances publiques en Allemagne au
début des années 2000 s’est beaucoup appuyé sur l’absence de clauses d’indexation en dépenses
comme en recettes. Des mécanismes « jamais remis en cause, ou seulement de façon partielle et fugace » en France, déplorent-ils, recommandant de « documenter les effets financiers, économiques et redistributifs d’une suspension, sur un an ou plus, de toutes ces clauses d’indexation à l’exception de celles relatives aux minima sociaux tels que le RSA et le minimum vieillesse »
📍A court terme, une désindexation dans le cadre d’une « année blanche » ne devrait selon eux, « pas
être a priori exclue » dans le cadre des textes budgétaires pour 2027″.
📍Bref, pour l’essentiel, il est redit là une nouvelle fois ce qu’on ne cesse de dire depuis des mois et des années . Et pourtant l’envoi des lettres plafonds aux ministres hier par le Premier ministre ne répond pas du tout à cet objectif de freiner la dépense.
Elles prévoient une augmentation encore de la dépense publique de 42 milliards d’euros !
Tout en écrivant :
« En l’absence d’effort d’ajustement et sans financer d’autres mesures nouvelles que celles déjà actées, certaines dépenses augmenteraient de manière dynamique : les dépenses de retraites, de santé ou encore la charge de la dette. Le Gouvernement proposera, en projet de loi de finances une contribution de chacun des sous-secteurs des administrations publiques.
Les dépenses de l’État et de ses opérateurs devraient atteindre 708,4 Md€ en 2027 et progresseront significativement moins vite que l’inflation. En écart à la LFI pour 2026, la dépense de l’État est contrainte par la progression de la charge de la dette (+12,3 Md€1) et de la trajectoire prévue par la loi de programmation militaire (+6,4 Md€). Pour le reste des dépenses ministérielles, le Gouvernement se donne pour ambition d’en limiter la progression a un niveau strictement inférieur à l’inflation (+0,4 %, soit quatre fois moins que l’inflation attendue en 2027).
Le Gouvernement proposera un objectif de progression des dépenses de fonctionnement des
collectivités territoriales au niveau de l’inflation en 2027. La dynamique des dépenses d’investissement des collectivités serait maitrisée en 2027 en cohérence avec ce qui est observé habituellement en année post-électorale, le cycle électoral étant le premier déterminant de leur investissement.
Les dépenses de sécurité sociale croîtront plus vite que l’inflation et seraient en progression de
+17 Md€ en 2027 pour s’élever à 838,3 Md€. Des efforts ciblés seront proposés par le Gouvernement pour maîtriser cette forte hausse afin de préserver par ailleurs les moyens de l’hôpital public et l’investissement dans sa transformation ou encore le renforcement de l’accès aux soins et aux thérapies innovantes. »
📍Bref, aucune décision courageuse ne semble prise pour freiner la dépense avec des choix de politiques publiques clairs.
Le tableau joint illustre cette dérive qui est mortifère pour le pays : +450 milliards d’euros de dépenses publiques supplémentaires depuis 2019, pour quoi faire ? Où est passé l’argent des Français !?
À minima imposons l’année blanche pour 2027, en attendant les choix des Français à la présidentielle.
Et défendons nos territoires ruraux, ce ne sont pas eux qui coûtent, au contraire ils tiennent encore le pays !





