FACE AUX SECHERESSES, FAISONS DU DESSALEMENT UN OUTIL DE SOUVERAINETE FRANCAISE ET EUROPEENNE…

18 août 2026

FACE AUX SECHERESSES, FAISONS DU DESSALEMENT UN OUTIL DE SOUVERAINETE FRANCAISE ET EUROPEENNE

Au cours du moins de juin 2025, en préparant le colloque de l’Association des anciens parlementaires des pays du Conseil de l’Europe qui s’est tenu à Saint-Malô le vendredi 19 septembre 2025 au cours duquel nous avons débattu d’une excellente résolution sur le thème « L’Europe et la mer. Rôle de la diplomatie parlementaire » préparée par les rapporteurs, Jean-Pierre Fourré et Jacques Remiller (anciens députés de l’Assemblée nationale française),» j’ai déposé, au nom de l’Association des anciens députés européens, un amendement proposant que « l’Union européenne investisse dans la recherche et l’innovation dans les techniques de dessalement ou désalinisation pour devenir un leader mondial dans ce secteur et soutienne les entreprises dans ces activités ».
Face aux sècheresses, il est important que nous, les citoyens, échangions sur les propositions à faire : la nécessité pour la France de s’intéresser à la technologie du dessalement en fait partie.
CONTEXTE
L’eau douce ne représente que 2,5 % de l’eau sur terre dont environ 69 % est stocké sous forme de glace ou de neige, 30 % dans les nappes phréatiques et 1 % dans les lacs, marais, cours d’eau.
60 % des ressources d’eau naturelles renouvelables mondiales sont partagés par le Brésil, Russie, Indonésie, Chine, Canada, Etats-Unis, Colombie, Pérou et Inde.
L’Europe ne fait pas partie des géants de l’eau même si 80 % de la demande en eau douce est satisfaite par des les cours d’eau et les eaux souterraines.
Les écosystèmes d’eau douce sont victimes de nombreuses pressions : pollution individuelles, collectives, agricoles, industrielles, migration climatique etc..
Qu’il s’agisse de l’Homme, des animaux ou des végétaux, nous allons vers des stress hydriques significatifs.
2,2 milliards de personnes dans le monde n’ont pas accès à l’eau douce (dont 700 millions de personnes n’ont pas accès à de l’eau potable à moins de 30 minutes aller-retour et 1,5 milliards de personnes ont accès à un point d’eau à moins de 30 minutes aller-retour)
3,5 milliards de personnes n’ont pas accès à un service d’assainissement sûr.
L’Union européenne et, plus généralement, le continent géographique Europe est remarquablement placé sur la planète entre le Nord et le Sud et est bordé d’océan et de mers.
Dans ce contexte, il est proposé que l’Union européenne investisse dans la recherche scientifique de la technique de dessalement ou désalinisation et soutienne la création d’entreprises dans ce secteur pour en devenir un leader mondial.
Outre de donner des assurances aux citoyens européens quant à la mise à disposition de quantité d’eau douce supplémentaire, le fait de disposer de ces technologies de dessalement serait utile pour soutenir des politiques de développement ou venir en assistance à des populations sinistrées soit par des accidents climatiques (catastrophe naturelles), militaires (guerres), etc…
La possession de ressources en eau douce sera (est) un pouvoir considérable.
La France connaît actuellement une sécheresse préoccupante. Ce n’est pas la première et chacun a compris que ces sècheresses seront plus fréquentes et plus intenses.
Le changement climatique modifie durablement le cycle de l’eau. Les périodes de sécheresse et les inondations deviennent plus fréquentes, l’évaporation augmente et les précipitations sont plus irrégulières. Dans le même temps, les besoins demeurent considérables : alimentation en eau potable, agriculture, industrie, production énergétique, tourisme et préservation des écosystèmes.
Nous devons naturellement économiser l’eau, réparer les réseaux, protéger les nappes, mieux stocker la ressource et réutiliser beaucoup plus largement les eaux usées traitées.
Mais cela ne doit pas nous empêcher de poser une autre question :
pourquoi un pays bordé par l’Atlantique et la Méditerranée ne se doterait-il pas d’une capacité stratégique de production d’eau douce à partir de l’eau de mer et de faire du dessalement une filière d’excellente industrielle ?
Le Plan Eau français, lancé par Emmanuel Macron en mars 2023, actualisé en 2026, reconnaît que plus de 110 bassins versants connaissent des tensions structurelles. Mais ses priorités sont surtout la sobriété, la réduction des fuites, la réutilisation des eaux non conventionnelles, le stockage et la préservation des écosystèmes. Le dessalement de l’eau de mer ne figure pas parmi ses 53 mesures comme outil de politique nationale.
En France, le dessalement n’est donc pas, à ce stade, constitué en grande politique nationale d’infrastructure comparable à ce qui existe dans de nombreux pays dans le monde notamment en Espagne. Il est plutôt envisagé comme une solution locale ou de dernier recours, particulièrement dans les territoires insulaires et ultramarins.

LE DESSALEMENT N’EST PLUS UNE TECHNOLOGIE EXPERIMENTALE
Le dessalement est encore parfois présenté en France comme une solution réservée aux pays désertiques du Moyen-Orient.
Cette vision est dépassée.
Diverses techniques, largement utilisée dans le Monde et au sein de l’Union européenne, permettent aujourd’hui de produire industriellement de l’eau douce à partir de l’eau de mer. Dans les installations modernes, la consommation électrique nécessaire au processus de dessalement a beaucoup baissé ces dernières années.
Surtout, cette technologie est déjà largement utilisée en Europe.
L’Espagne constitue l’exemple le plus proche de nous.
Confrontée depuis longtemps à des déficits hydriques structurels dans plusieurs régions, elle s’est dotée d’importantes capacités de dessalement et continue de les développer.
L’Union européenne elle-même a commencé à changer de doctrine. Avec la Stratégie européenne pour la résilience de l’eau présentée par la Commission européenne en juin 2025, la sécurité de l’approvisionnement en eau devient progressivement un véritable enjeu stratégique européen.
Le dessalement peut désormais être considéré comme l’un des instruments de cette résilience.

LA FRANCE POSSEDE TROIS ATOUTS CONSIDERABLES
Notre pays bénéficie d’abord de deux grandes façades maritimes, atlantique et méditerranéenne, auxquelles s’ajoutent la Corse et les territoires ultramarins.
Il dispose ensuite d’entreprises et d’ingénieurs parmi les plus compétents au monde dans les métiers de l’eau, des membranes, du traitement des effluents et des grands réseaux.
Mais la France possède surtout un troisième avantage : une électricité très largement décarbonée, grâce notamment à son parc nucléaire et aux énergies renouvelables.
C’est essentiel, car la consommation d’énergie constitue l’un des principaux coûts économiques et environnementaux du dessalement.
Nous pourrions ainsi développer un modèle français de dessalement bas-carbone, susceptible ensuite de devenir un modèle européen.

DOTER LA FRANCE D’UNE SOCIÉTÉ NATIONALE DE SÉCURITÉ HYDRIQUE
Une idée serait que la France se dote d’une Société nationale de sécurité hydrique, sur le modèle de l’Acuamed (Espagne) ou Sonatrach (Algérie), qui serait chargée de programmer, financer et réaliser les grandes infrastructures de dessalement et de transfert nécessaires à l’horizon 2050, en partenariat avec les collectivités, les agences de l’eau et les industriels.
Cette société, de droit privée détenue, dans un premier temps, à 100 % par l’Etat, pourrait combiner fonds propres, financements européens, contributions publiques, participations des utilisateurs et emprunts. Pour les projets dont l’investissement doit être récupéré, une convention déterminerait notamment le financement, les tarifs, les modalités de paiement et les garanties.

NE PAS OPPOSER SOBRIETE ET PRODUCTION D’EAU
Avant de dessaler l’eau de mer, il faut évidemment commencer par économiser celle dont nous disposons.
Il serait absurde de produire à grands frais de l’eau dessalée tout en laissant une partie de l’eau potable disparaître dans des réseaux insuffisamment entretenus.
Il faut donc poursuivre simultanément la réduction des fuites, la sobriété, la récupération des eaux de pluie, la réutilisation des eaux usées traitées, la protection des nappes et l’amélioration du stockage.
Mais ces politiques ne remplissent pas exactement la même fonction.
Les économies réduisent la demande.
La réutilisation permet d’employer plusieurs fois une même ressource.
Le stockage déplace dans le temps une ressource déjà disponible.
Le dessalement apporte, lui, une ressource supplémentaire largement indépendante des précipitations ; ce qui lui confère un intérêt stratégique.
L’eau, contrairement à l’électricité, peut facilement se stocker sans nécessairement être envoyée directement vers les consommateurs.
Nous pourrions, non seulement produire de l’eau potable pour une ville côtière, mais contribuer à la constitution d’une véritable réserve stratégique d’eau douce.
Les installations pourraient fonctionner régulièrement à un niveau économiquement optimal et augmenter leur production lorsque les nappes, les cours d’eau ou les retenues atteignent des seuils critiques.

LIBERER DE L’EAU DOUCE POUR L’AGRICULTURE
Le dessalement peut également jouer un rôle important dans notre souveraineté alimentaire.
Il ne s’agit pas nécessairement d’irriguer massivement les cultures avec de l’eau dessalée, ce qui pourrait être économiquement peu pertinent dans de nombreux cas.
Le raisonnement est différent.
Lorsqu’une ville ou une activité industrielle proche du littoral utilise de l’eau dessalée, elle prélève moins d’eau dans une rivière, une retenue ou une nappe phréatique.
Cette eau conventionnelle reste alors disponible pour d’autres usages, notamment agricoles, ou pour préserver les écosystèmes.
Produire de l’eau sur les côtes devraient donc permettre de préserver de l’eau douce à l’intérieur des terres.

FAIRE DE LA SAUMURE UNE RESSOURCE PLUTOT QU’UN DECHET
Le dessalement soulève cependant une difficulté environnementale majeure : la saumure.
Après extraction d’une partie de l’eau douce, il subsiste une eau beaucoup plus concentrée en sels.
Son rejet en mer doit être strictement contrôlé afin d’éviter des concentrations locales susceptibles de perturber les écosystèmes.
Les futures installations françaises devraient donc être soumises à des exigences élevées concernant les prises d’eau, les points de rejet, la dilution, les diffuseurs et la surveillance permanente du milieu marin.
Mais il faut aller encore plus loin : la saumur ne doit plus être considérée uniquement comme un déchet et sa valorisation doit devenir un programme industriel et scientifique à part entière.

CREER DES COMPLEXES INDUSTRIELS DE L’EAU
La France pourrait ainsi expérimenter une nouvelle génération d’installations associant :
dessalement de l’eau de mer, récupération d’énergie, production d’eau potable, traitement des saumures, extraction de certaines matières valorisables et rejet contrôlé du résidu final.
Nous passerions progressivement de la simple « usine de dessalement » à un véritable « complexe industriel de l’eau et des ressources marines ».
Cette évolution présenterait un double intérêt : diminuer l’impact environnemental du dessalement et créer une nouvelle filière industrielle.
La France et l’Europe disposent des compétences scientifiques et industrielles permettant d’en prendre la tête.

DANS LA FOULEE DES REFEXIONS EUROPENNES, LANCER UN PLAN FRANCE EAU 2050
La Commission européenne a ouvert la voie avec sa Stratégie pour la résilience de l’eau : adoptée le 4 juin 2025, cette stratégie vise à protéger le cycle naturelle, garantir un accès l’eau et stimuler une économie sobre en eau d’ici 2050 et s’articule autour de 30 propositions concrètes.
Dans cette stratégie, la Commission européenne reconnaît explicitement que le dessalement de l’eau de mer peut fournir un approvisionnement continu, indépendant du cycle hydrologique, notamment dans les régions gravement touchées par les pénuries. Elle entend soutenir l’innovation pour réduire sa consommation énergétique et son impact environnemental, ainsi que favoriser le recyclage de l’énergie et des minéraux contenus dans les saumures.
La proposition consiste donc à engager un Plan national de sécurité hydrique à l’horizon 2050, comportant un volet majeur consacré au dessalement et à la filière industrielle afférente.
Une première étape pourrait consister à identifier les bassins dans lesquels le changement climatique fera apparaître les déficits les plus importants.
Plusieurs démonstrateurs pourraient ensuite être réalisés sur les façades méditerranéenne et atlantique ainsi qu’en Corse.
Ils permettraient de comparer différentes capacités de production, différentes technologies, différents modes de stockage et de transfert de l’eau ainsi que différentes solutions de valorisation des saumures.
À partir de ces expériences, la France pourrait programmer progressivement plusieurs grandes capacités de production d’eau dessalée.
Il ne s’agit évidemment pas de remplacer l’eau de nos fleuves et de nos nappes.
Il s’agit de nous donner une capacité supplémentaire garantissant notre sécurité en période de pénurie.
Naturellement, nos territoires ultra-marins devront être parties prenantes de la démarche.
L’Union européenne pourrait ainsi faire émerger une véritable industrie européenne de la sécurité hydrique.

APRES LA SOUVERAINETE ENERGETIQUE, LA SOUVERAINETE HYDRIQUE
Les crises récentes nous ont rappelé la valeur stratégique de l’énergie, de l’alimentation, des médicaments, des semi-conducteurs ou des matières premières.
L’eau doit désormais rejoindre cette liste.
La France possède la mer, une électricité largement décarbonée, des entreprises spécialisées, des universités capables de conduire des travaux de recherche scientifiques de haut niveau et nous avons une tradition de grands programmes industriels.
L’Union européenne dispose de la puissance scientifique, industrielle et financière nécessaire pour accompagner ces projets.
Le dessalement ne supprimera ni les sécheresses ni la nécessité d’économiser l’eau mais il peut contribuer à empêcher qu’une sécheresse se transforme en pénurie.
En octobre 2008, j’avais voté un excellent rapport d’initiative de mon collègue député européen autrichien Richard Seeber (A6-0362/2008) en réponse à la communication de la Commission européenne intitulée «Faire face aux problèmes de rareté de la ressource en eau et de sécheresse dans l’Union européenne» en soutenant les propositions du rapporteur visant à ce que la spécificité de la question de la rareté de l’eau et de la sécheresse appelle à une action coordonnée au niveau de l’Union et des États membres ainsi qu’à l’échelon des gouvernements régionaux et locaux. Au moins 11 % de la population européenne et 17 % du territoire de l’UE ont connu un problème de rareté de la ressource en eau. Les évolutions récentes montrent que l’eau devrait encore se raréfier de manière significative en Europe. Il devient urgent que l’Union européenne se dote d’une politique de l’eau permettant de donner aux citoyens européens, aux entreprises, aux entités publiques, dans nos relations avec les animaux et les végétaux etc… l’assurance que nous aurons de l’eau en quantité et en qualité appropriée suffisantes. »
Il est vraiment temps que la France s’intéresse au dessalement.
Jean-Pierre Audy
ancien député européen
17/08/26
article partiellement rédigé avec l’aide de Chat GPT
ci-dessous, par exemple, photos des usines de dessalement au Chili et de Tighremt (Béjaïa – Algérie)


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