🧮 ❗️🧮 Dépenses publiques : le FMI hausse le ton contre la France.
❗️Le temps est un luxe dont la France ne dispose plus. Ployant sous une dette de 3 536 milliards d’euros (soit 117,5 % du PIB), étouffée lentement par des charges d’intérêts en constante augmentation, dont le remboursement pourrait dépasser 74 milliards en 2027, et ralentie par une croissance affaiblie, elle se fait régulièrement rappeler à l’ordre par les institutions financières mondiales, quand ce n’est pas par la Cour des comptes. Je ne parle même plus des alertes incessantes du Sénat depuis plusieurs années. Après l’OCDE, qui a appelé le 8 juillet à un redressement « important et durable » de ses finances publiques, c’est au tour du Fonds monétaire international (FMI) de sérieusement hausser le ton.
❗️Dans son rapport annuel sur l’économie française publié ce mercredi, l’institution, basée à Washington, déplore que « l’assainissement des finances publiques demeure plus lent que prévu et voit sa mise en œuvre exposée à des risques importants ». Il y a « urgence » à définir « une stratégie pluriannuelle crédible », insiste-t-elle. Cynisme du premier ministre Sébastien Lecornu qui se dit lui-même « pas très optimiste », dans un entretien à Paris Match publié ce jour, quant au respect des objectifs de déficit pour 2026 et 2027. Il faut dire qu’il pilote à vue dans un contexte impossible et sans ligne directrice. Alors qu’officiellement, le gouvernement vise pour le moment un peu ambitieux 5 % en 2026, le FMI anticipe une nouvelle détérioration du solde, à 5,2 % du PIB. Nous sommes les plus mauvais élèves de la classe européenne, tous les autres pays sauf un sont sortis de la zone rouge ! Les mêmes gouvernements qui nous ont conduit dans le mur, continuent à faire preuve de légèreté et même d’une réelle ironie particulièrement mal placée.
❗️En l’absence de nouvelles mesures, et on ne les voit guère, le rythme d’ajustement actuel est largement insuffisant pour espérer stabiliser la dette publique, prévient le FMI, comme nous l’avons déjà fait au Sénat d’ailleurs. Quatre économistes mandatés par Bercy pour objectiver l’effort à fournir ont récemment estimé qu’elle pourrait atteindre plus de 130 % du PIB dès 2030 (cf. Un de mes posts précédents). Une perspective qui aurait de quoi donner des sueurs froides à nos gouvernants, lorsque l’on sait que la Grèce, passée sous les fourches caudines de la Troïka (FMI, BCE et Commission européenne), espère ramener sa dette publique à environ 130 % du PIB dès 2027. Mais ce sont surtout les Français qui doivent avoir peur de cette perspective qui risque de ne trouver d’issue que sous la double contrainte extérieure de la baisse des interventions de l’Etat et de la hausse des impôts.
❗️Certes, la France n’est pas la Grèce et « les risques pour la stabilité financière demeurent contenus ». Il n’empêche, l’exécutif a bien à l’esprit (enfin on peut l’espérer) la cure d’amaigrissement qui avait été imposée à ceux n’ayant pas su assainir leurs finances publiques, à savoir une amputation des salaires des fonctionnaires et des pensions de retraite, ainsi que des hausses d’impôts et des privatisations. Il doit frapper vite et fort dès à présent, malgré les ballottements de la géopolitique et la paralysie liée à l’absence de majorité absolue à l’Assemblée nationale. Autant dire une gageure. Pour revenir sous les 3 % de déficit, l’institution recommande « un effort budgétaire initial important d’environ 0,8 point de PIB par an sur la période 2027-2029, qui pourrait ensuite être progressivement assoupli ». En dehors des sorties de crise des dettes souveraines et post-Covid, cela ne s’est jamais vu dans l’histoire récente de notre pays. Surtout le projet de budget pour 2027 tel que notifié dans les lettres plafond aux ministres n’en prend pas le chemin. On en est toujours à vouloir réduire l’augmentation tendancielle ! C’est à dire à continuer à augmenter les dépenses, mais moins que ce qu’elles auraient spontanément augmenté !!!! On croit rêver ! Même le thermomètre est erroné!
❗️Cet effort ne pourra pas passer par de nouvelles recettes (n’écoutons pas ceux qui continuent à prétendre le contraire et enverraient ainsi notre pays au tapis pour longtemps), la France affichant déjà le ratio de prélèvements obligatoires le plus élevé de la zone euro, à 46 % du PIB en 2025. C’est pourquoi le FMI insiste sur le besoin de maîtrise des dépenses, qui sont quasiment les plus élevées de la zone euro, à 57,2 %, soit 9,1 points de PIB au-dessus de la zone euro hors France. Et dont l’efficacité n’est pas démontrée qui plus est !
❗️Par où commencer, maintenant que la technique du « coup de rabot » ne semble plus pouvoir produire que quelques copeaux ? « Par rapport à ses voisins les plus performants, la France dépense nettement plus pour son système de retraite, de santé et pour les autres dépenses de protection sociale et les affaires économiques », a rappelé la Banque de France à l’occasion de la publication de la lettre de son gouverneur au président de la République, le 4 mai dernier. Tout cela nous le savons depuis des années mais le gouvernement n’en tire aucune conséquence. Raison pour laquelle les quatre économistes de la « mission sur la transparence des finances publiques » invitent à rompre avec la tradition budgétaire consistant à systématiquement réindexer les prestations sociales sur l’inflation. C’est la fameuse « année blanche » (cela fait au moins 3 ans que je la réclame!) évoquée chaque année au moment des débats budgétaires, mais qui, pour des raisons électorales, n’est jamais mise en application. Il y faut du courage ! Pour sa part, le FMI recommande de réaliser des coupes dans l’assurance-chômage, jugée encore très généreuse, et dans les retraites, ainsi que dans les transferts d’assistance non ciblés (mesures larges, chèques généralisés), tout en renforçant ceux ciblés sur les bas revenus. Voilà au moins une vraies pistes, mais il y en a d’autres.
❗️Sans évoquer directement ces leviers impopulaires, mais responsables, Sébastien Lecornu reconnaît dans Paris Match que « pour des raisons qui tiennent à l’inertie des dépenses de l’État, des collectivités locales et surtout celles de la sphère sociale – en particulier retraites et assurance-maladie -, nous nous retrouvons encore trop souvent à devoir financer des dispositifs du passé tout en devant investir pour l’avenir ». Voilà une belle découverte !
Surtout qu’il n’embarque pas les collectivités locales dans la même galère. Ce sont les dépenses sociales et le niveau des dépenses de l’Etat qui ont généré dette et déficit pour le pays et non les collectivités même si elles peuvent aussi faire preuve pour certaines d’entre elles de davantage de rigueur encore.
Ce qui pénalise le nécessaire effort de réarmement militaire, mais aussi la transition énergétique et l’accompagnement de l’innovation en général. Usant de la métaphore rétro, il estime que « nous utilisons internet, mais nous entretenons encore notre Minitel et notre fax ». Le premier ministre souhaite, dans le cadre de l’examen du prochain budget, que la distinction soit mieux faite entre dépenses de fonctionnement et d’investissement. Bref, toujours des poncifs et des banalités, mais aucune réelle ligne de baisse de la dépense sociale, de recentrage et d’amaigrissement de l’Etat et de confiance en direction des territoires et des collectivités territoriales.
Rétro pour rétro, qu’il s’inspire du plan Rueff Pinay mis en œuvre par De Gaulle en 1958 alors que la France connaissait aussi une période difficile après les errements de la IVeme République.
Pour l’heure il semble que le gouvernement mette surtout un nouveau clou sur le cercueil de l’objectif de réduction du déficit public cette année.
Il est pourtant minuit moins une !



