🖋️ EXPRESSION LIBRE : Le contre pied est un art.
🖋️ Si on en parle souvent sur les terrains de sport, au foot, au tennis, comme au rugby… il est aussi fréquent en musique, où on peut aussi jouer à contre temps, mais peut être plus encore dans notre vie quotidienne.
Prendre le contre pied de quelqu’un, d’une idée, d’une orientation ou d’un projet, est fréquent. C’est particulièrement répandu ces jours ci en géopolitique comme en politique intérieure. C’est un peu l’art du tango pour peu que le partenaire soit avisé…
🖋️ Mais n’est pas artiste du contre pied qui veut !
Les élections municipales que nous vivons le montrent aussi bien au plan local qu’au plan national. Qu’en diront au final les électeurs ce dimanche dans les grandes villes? Prendront-ils le contre pied d’accords locaux, dont le nombre les font s’apparenter à un accord national, privilégiant les postes aux valeurs ? Nous le verrons. À l’échelle internationale, certains donnent le tournis au point que contre pied et croche pied s’épousent et qu’on ne sait qui va être à contre temps et finir par tomber…
🖋️ L’art du contre pied est un pari. Pari gagnant pour les uns, pari « pourri » pour les autres. Cela génère même parfois de la rancoeur à contre temps qui laisse à penser que faute d’avoir été dans les temps, la défaite provoque alors une réaction à contre temps. Ce n’est sans doute pas le meilleur visage qui apparaît alors, mais l’apprentissage de la minorité prend du temps lorsqu’on s’est habitué au confort de la majorité et au mépris pour l’autre.
🖋️ Le contre pied est un chef d’œuvre quand celui qui l’entreprend a vu, avant les autres, un chemin, une piste, une lumière, qu’il va révéler à chacun comme une évidence. Le summum est de réaliser une « Panenka » ! Nom donné à ce geste technique qui consiste à pousser doucement le ballon au milieu de la cage adverse lors d’un tir au but ou d’un penalty. Il s’agit en quelque sorte d’une « anticipation de l’anticipation » du gardien, qui s’attend à recevoir le ballon à droite ou à gauche, et va donc partir d’un côté. C’est le double contre pied…
🖋️ Le risque est immense, le succès plus enivrant encore! Mais l’échec tourne alors à l’humiliation, à la honte. Le succès lui doit demeurer dans l’humilité et le respect. Ce sont là des constantes qui ne peuvent souffrir d’aucun contre temps, faute de quoi le temps joue contre vous inévitablement !
🖋️ Un des plus beaux contre pied de l’histoire est sans doute l’appel du 18 juin du Général De Gaulle, mais il y en eu bien d’autres… Aujourd’hui l’Union des droites, l’Union des gauches, l’Union des centres sont-elles à temps ou à contre temps? L’éradication du régime des mollahs, la sauvegarde de l’Ukraine, sont-elles à temps ou à conte temps ? La crise énergétique, notre référentiel de croissance, notre pacte républicain, sont ils à temps ou à contre temps ?
🖋️ On sait que le moment où il faudra dénouer le noeud Gordien si cher à Georges Pompidou, ce noeud qui nous étreint chaque jour davantage, est proche.
En ce dimanche, j’ai envie de croire qu’il sera dénoué par un contre pied par celles et ceux qui, comme Dostoievski, croient que « seule la beauté sauvera le monde ». Une beauté qui semble bien pour le grand auteur inséparable de la bonté.
🖋️ En la matière, la portée de l’art est essentielle. L’art et les artistes se veulent en recherche du beau, même s’ils le donnent parfois à voir dans des réalités pénibles, douloureuses ou violentes. Les romans à la fois sombres et lumineux de Dostoïevski en sont une illustration. Mais notre époque a radicalement pris le contre pied par rapport à cette conception. Un art «postmoderne» se donne souvent pour projet, non seulement de dénoncer, mais de moquer et de détruire, déniant à l’homme toute espérance de salut.
🖋️ L’artiste prolonge pourtant l’œuvre du Créateur; il la poursuit et se l’approprie. Mais certains cherchent à en prendre le contre pied. Où est alors la beauté? Au lieu de faire sortir les hommes d’eux-mêmes pour les ouvrir à des horizons de véritable liberté, en les attirant vers le haut, cette «beauté» pervertie les emprisonne alors en eux-mêmes et les rend encore plus esclaves, privés d’espérance et de joie. Il s’agit d’une beauté séduisante mais hypocrite, qui éveille le désir, la volonté de puissance, de possession et de domination, et qui se transforme bien vite en son contraire, prenant le visage de l’obscénité, de la transgression ou de la provocation gratuite.
🖋️ Non, l’art, la beauté véritable, apaise, guérit, restaure l’harmonie, fût-ce en dérangeant et en secouant. La beauté authentique ouvre le cœur humain à la nostalgie, au désir profond de connaître, d’aimer, d’aller vers l’Autre, vers ce qui est au-delà de soi. Si nous laissons la beauté nous toucher profondément, nous blesser, nous ouvrir les yeux, nous redécouvrons la joie de la vision, la capacité de saisir le sens profond de notre existence, le Mystère qui nous enveloppe et auquel nous pouvons puiser la plénitude, le bonheur et la passion de l’engagement quotidien. Voilà le contre pied que nous devons choisir.
🖋️ Finalement, si la beauté doit «sauver le monde», c’est en tant qu’elle tourne le regard vers la Création nouvelle. L’artiste véritable est celui qui sait faire entrevoir cette harmonie et cette Beauté, par l’art du contre pied.
Bon dimanche.



