🪖🌏🪖Qui sera le véritable vainqueur de cette guerre ?
🌏La nouvelle guerre du Golfe déborde des seules frontières du Moyen-Orient, puisque l’Iran frappe des bases militaires européennes, notamment à Abou Dhabi, mais aussi à Chypre. Cette guerre contraint des pays qui voulaient demeurer en dehors à se positionner : la France par exemple, qui déploie son porte-avions Charles de Gaulle en Méditerranée orientale. Même l’Espagne de Pedro Sanchez, qui dit « non à la guerre », a envoyé une frégate dans la région chypriote, au nom de la solidarité européenne.
🌏De même, les mines déposées par les gardiens de la révolution dans le détroit d’Ormuz et les attaques sur des infrastructures énergétiques ont des répercussions importantes sur l’économie mondiale, particulièrement en Asie (les Européens sont moins dépendants des hydrocarbures du Golfe arabo-persique).
🌏Enfin, même l’Ukraine se retrouve impliquée, de façon étonnante. Car le pays victime de l’impérialisme poutinien est en train de se transformer en puissance militaire volant à la rescousse des États-Unis, des Européens et des monarchies du Golfe, grâce au savoir-faire acquis par Kiev dans le domaine des drones et des systèmes d’interception d’engins volants. Émiriens, Qataris, Saoudiens, qui jusque-là maintenaient de bonnes relations avec Moscou, se retrouvent victimes des gardiens de la révolution alliés du Kremlin, et se tournent vers Zelensky. Un axe Moscou-Téhéran ancien que beaucoup avaient oublié, à commencer par Donald Trump, qui doit pourtant regarder la vérité en face : la Russie, selon de nombreuses sources, aiderait l’Iran à cibler les États-Unis au Moyen-Orient, en procurant aux Iraniens des informations de géolocalisation sur des infrastructures militaires.
🌏L’avenir nous dira si cette réalité modifiera ou non la relation spéciale qui unit Donald Trump à Vladimir Poutine. Mais en fait, la recomposition du monde peut être bien plus large, avec un nouveau « Yalta » en perspective pour sortir de cette ornière.
🌏 Les Etats-Unis, Israël et leurs alliés vont-ils gagner contre le régime terroriste iranien ou devront-ils se résigner à un statu quo permettant à ce régime de reconstituer ses forces ? Poser ainsi la question du sort des armes, c’est confondre le bruit et l’Histoire, la scène et les coulisses. Car le vrai vainqueur de cette guerre ne sera ni les Etats-Unis, ni l’Iran. Ce sera vraisemblablement la Chine.
🌏Il suffit, pour le comprendre, de se souvenir d’une constante de l’histoire géopolitique : quand une superpuissance est attaquée par un rival, c’est presque toujours une troisième puissance, qui s’est tenue à l’écart du conflit, qui finit par l’emporter. Ainsi, quand la France de Louis XIV, puis celle de Louis XV, s’épuisa à tenter d’écraser les Provinces-Unies, alors première puissance occidentale, à guerroyer pour des successions espagnoles et à dilapider ses finances, c’est la Grande-Bretagne, prudemment à l’écart, tout occupée à commercer, qui ramassa l’héritage et bâtit le premier empire mondial. Un siècle plus tard, quand l’Allemagne wilhelminienne défia la domination maritime et coloniale de la Grande-Bretagne, ce sont les Etats-Unis, délibérément isolationnistes, qui en profitèrent pour s’industrialiser à marche forcée et prendre le relais de la superpuissance. La logique est implacable : la puissance qui combat use ses ressources, sa jeunesse, sa créativité, ses finances. Celle qui observe accumule capital, technologie, brevets et influence.
🌏 Et aujourd’hui ? La guerre en Iran pourrait achever de ruiner l’Amérique. La seule première semaine du conflit avec l’Iran aurait coûté environ 7 milliards de dollars au budget fédéral dont 4 milliards en munitions seules, sans que l’industrie d’armement américaine ne soit capable d’en produire autant que nécessaire. Par ailleurs, l’essentiel des ressources financières du pays est monopolisé pour construire des centres de données géants, dont la Maison-Blanche affirme, sans preuve, qu’ils vont garantir « la domination américaine dans l’intelligence artificielle ». Quand les Etats-Unis se lancent ainsi dans des dépenses folles sans plan cohérent et dans le seul intérêt de quelques milliardaires, et quand ils gaspillent, dans une guerre aux buts incertains, des ressources financières et des matériaux critiques dont ils auraient cruellement besoin par ailleurs, la Chine, elle, forme des ingénieurs, construit des robots, installe des parcs solaires, noue des accords commerciaux sur tous les continents et attend que l’Histoire, une nouvelle fois, donne raison à la patience et en fasse la première puissance mondiale.
🌏 De cela, elle ne s’en cache pas : elle vient d’annoncer dans son 15e plan quinquennal (2026-2030), sept priorités, formant un vrai projet civilisationnel, effaçant la frontière entre technologies civile et militaire : intelligence artificielle appliquée à l’industrie ; robotique humanoïde ; interfaces cerveau-machine ; informatique quantique ; semi-conducteurs avancés ; la 6G ; et enfin la fusion nucléaire et transition énergétique. Derrière chacun de ces piliers se cachent des applications militaires directes : la robotique humanoïde permettra par exemple de produire des drones de combat, des systèmes autonomes terrestres, des robots de déminage, et des robots sentinelles. L’informatique quantique sera déterminante pour la cryptographie militaire et la détection des sous-marins. Et l’interface cerveau-machine, qui permet déjà à des paralytiques de contrôler des bras robotiques, permettra bientôt à un être humain de commander une machine, un avion de combat, ou un drone par la seule pensée, sans langage, sans clavier, sans écran, en utilisant le fantastique potentiel du cerveau humain qui traite en parallèle des milliards d’informations, ce qu’aucun ordinateur actuel ne peut simuler, et qui lui permettra de vaincre dans la fantastique bataille qui commence pour contrôler l’attention des gens. De tout cela, les Etats-Unis, pris dans leurs fantasmes de centres de données, sont très éloignés, même s’ils gardent une avance certaine dans la guerre des mers.
🌏 L’Europe a encore les moyens de ne pas se laisser entraîner dans la débâcle américaine. Etant proche de la ligne de front ukrainienne, elle peut développer bien mieux que les Etats-Unis les armements nécessaires aux guerres modernes, dont manquent cruellement les Américains face à l’Iran. Elle devrait pour cela développer des drones intelligents plutôt qu’une prochaine génération d’avions de combat, des systèmes de contrôle de l’attention plutôt que des armes nucléaires déjà en surnombre. Elle a aussi tous les moyens de se lancer, d’une façon sérieuse et continue, dans les domaines dont la Chine vient de faire ses priorités, tels la robotique et ses interfaces avec le cerveau humain. Pour cela, il faudrait que le nouveau plan quinquennal chinois soit étudié dans toutes les universités, entreprises et administrations européennes. Non pour imiter la Chine (son modèle politique n’est ni exportable ni désirable) mais pour comprendre ce qu’est une stratégie de civilisation, et avoir le courage d’en construire une.
🌏 L’Europe peut aussi mieux que personne développer des domaines stratégiques essentiels que la Chine et les Etats-Unis négligent : la sécurité écologique, l’alimentation saine, l’eau potable. Car la souveraineté et la puissance au XXIe siècle ne se mesureront pas seulement en missiles, en microprocesseurs et en robots. Elles se mesureront en litres d’eau potable disponible par habitant, en rendements agricoles sans dépendance aux engrais azotés, et en biodiversité des sols. Pour gagner la guerre d’après-demain, il faut se préoccuper de la santé, de l’alimentation, de l’eau, de la biodiversité, de la vie. Si elle s’en préoccupe, l’Europe pourrait transformer ces défis écologiques en emplois et en industries d’avenir telles que la gestion intelligente de l’eau et des déchets, la régénération des sols, les semences adaptées au changement climatique et les systèmes alimentaires circulaires. Encore faudrait-il avoir un projet de civilisation et une véritable mobilisation pour le défendre.
🌏 Avant l’attaque de l’Iran du 28 février dernier, dont le régime n’est en rien défendable puisqu’ils constitue un risque existentiel pour la région et pour le monde, le géopolitologue Alexandre Del Valle avait réalisé une analyse complète des risques que font courir ces affrontements croissants, pour les nations occidentales mais aussi pour le monde entier, dans son ouvrage « le nouvel-ordre post occidental ».
🌏 Il y explique comment l’élection de Donald Trump est en fait l’accélérateur d’une rupture claire de l’ordre unipolaire post-guerre froide. La mondialisation est à un tournant comme l’avait montré le dernier sommet des BRICS à Kazan, dont j’avais parlé ici, qui a rassemblé des puissances considérables : Chine, Russie, Inde, Afrique du Sud, Egypte ou Brésil. Tous ces pays, qui représentent désormais la plus grande partie de la population du globe souhaitent l’établissement d’un nouvel ordre mondial multipolaire, face à l’Occident et à des organisations qu’ils jugent partiales comme l’ONU et le G7. Mais depuis l’élection de Donald Trump, les Etats-Unis mettent aussi en oeuvre de très grands changements, au risque de fracturer de l’intérieur ce que l’on pouvait encore appeler « L’Occident ».
A l’intérieur même de la partie européenne de ce « club occidental », les divergences deviennent criantes. Les USA de Trump se détournent clairement de l’Europe tandis que la Hongrie de Viktor Orban ou l’Italie de Giorgia Meloni ont de moins en moins de points communs avec la France progressiste de M. Macron ou l’Allemagne de MM Scholz ou Merz.
Enfin, au sein des nations elles-mêmes, les antagonismes se multiplient et se radicalisent, sur la base de visions très opposées de la société : multiculturalisme ou nationalisme, ouverture à la mondialisation économique et financière ou contrôle plus strict des flux, place des minorités, etc…
🌏 La guerre au moyen-orient va inexorablement provoquer des échanges entre Les Etats-Unis, la Chine, l’Inde et la Russie, dont les européens risquent d’être tenus à l’écart et qui peuvent durablement nous marginaliser.




