Élections municipales : J-6⃣…

9 mars 2026

🎬 Élections municipales : J-6️⃣
« La difficulté du mandat de ­maire tient au fait qu’il est le dernier échelon crédible pour les citoyens – il représente un contact politique direct, une démocratie en chair et en os – mais qu’il est dépossédé de ses pouvoirs. »

♟️Entre l’accroissement du domaine de compétence des intercommunalités (même si leur rôle reste encore inégal d’un territoire à un autre, mais désormais incontournable – on en parle d’ailleurs trop peu dans ces élections – ) et les injonctions qui viennent de la préfecture, le maire passe son temps à expliquer à ses concitoyens que « ce n’est pas du ressort de la mairie ». C’est catastrophique d’un point de vue démocratique : s’il ne reste plus personne entre l’individu et le président de la République, c’est la recette pour le chaos et l’infantilisme politique. Or je suis convaincu que, plus on donne de responsabilités et de pouvoirs aux gens, plus ils deviennent rationnels. Ce n’est pas l’inverse ! L’obsession d’un gouvernement devrait donc être de créer les circonstances de son propre effacement pour permettre aux gens de régler autant que possible leurs problèmes entre eux. Hélas, on en est loin.

♟️On continue pourtant à assurer une dilution des pouvoirs du maire. Les pouvoirs des collectivités sont toujours contrôlés par l’État (on n’a toujours pas réalisé une véritable décentralisation. Politique dans notre pays) : quand on prend une délibération en conseil municipal, il faut que ce soit contrôlé par le préfet ; quand on prend une décision financière, elle doit être contrôlée par le trésor public… La montée en puissance des intercommunalités depuis les années 1990 partait d’une idée intéressante, celle de la coopération volontaire. Il ne faut pas nier les évolutions démographiques qu’ont vécues les territoires ruraux : on ne peut plus avoir une école pour un seul village, et les réseaux d’eau ne sont pas forcément pertinents à l’échelle d’une commune, pour ne citer que quelques exemples. Mais l’État a voulu contraindre ce regroupement, en imposant des transferts de compétences plutôt que d’encourager des mutualisation choisie et une véritable subsidiarité. L’étape la plus technocratique a été celle de 2015, avec la loi NOTRe qui a imposé la création d’intercommunalités devant passer le cap des 15 000 habitants, sauf quelques exceptions en montagne en particulier. Dans bien des cas, cela ne correspondait à aucun bassin de vie et à aucune réalité concrète.

♟️Pour l’État central, il n’apparaît pas sérieux de confier des responsabilités à des petites communes de 500 habitants. Il vaut mieux avoir un élu ­« sérieux », maire d’un ensemble de 15 000 à 20 000 habitants, qui puisse piloter l’ensemble avec l’assentiment des « petits maires ». Chaque maire vit cela au quotidien dans ses rapports d’élu local avec l’État. Il y a beau avoir un vernis de respect, comme en témoignent de nombreux maires : « on nous appelle toujours « Monsieur le maire », mais on nous prend toujours de haut. Il y a une vraie méfiance de l’État central vis-à-vis de la démocratie des territoires. » Il y a quelques exceptions mais reconnaissons que c’est assez répandu.

♟️Entre l’État et les collectivités locales, deux conceptions de la rationalité s’affrontent. L’État central en a une conception analytique. Les hauts fonctionnaires ont généralement des formations d’administrateurs ou d’ingénieurs ; ils ont fait l’ENA ou X-Mines, plus rarement de la biologie ou de l’agronomie. Ils pensent la société comme une grande machine dans laquelle celui qui possède toutes les données est certain de détenir le savoir. Face à cela, on trouve le savoir vernaculaire, empirique, qui ne va pas se verbaliser de la même manière, par exemple du « petit maire », qui ne va pas forcément trouver les bons mots devant les agents de la préfecture qui l’ensevelissent sous les sigles et les chiffres. Ce type de savoir perd dans la discussion. Or c’est un savoir dont on réapprend la valeur aujourd’hui, y compris sur le plan scientifique. Par exemple, on mettait des haies entre les champs sans trop savoir pourquoi. Maintenant on sait qu’une haie élimine 84 % des pathogènes et stocke cent tonnes de carbone au kilomètre. Avant, l’administrateur, avec sa raison analytique, disait : « Rasez-moi tout ça, ça ne sert à rien. » C’est toute l’erreur du remembrement.
Tous ces allers- retours des politiques publiques laissent sceptique.

♟️Malgré le temps d’apprentissage, il y a de plus une complexité dans l’exercice de la fonction de maire qui demeure, liée aux acronymes, à la répartition des pouvoirs, aux strates, aux fusions. Cela n’est pas étranger à l’augmentation du nombre de démissions, car il faut réussir à se familiariser avec cette complexité et des délais souvent épuisants. À partir du moment où l’on devient maire d’un territoire rural, on change de vie. Le maire peut être appelé la nuit parce que la gendarmerie a été informée d’un troupeau de vaches en divagation sur la ligne de chemin de fer ou la route ; il peut être appelé en pleine nuit parce que des concitoyens ont eu un incendie dans leur maison… Dans tous les moments de la vie quotidienne, notre environnement devient une source de responsabilité. Quand le maire va prendre un café au multiservice, il y a souvent quelqu’un qui lui dit : « Ça tombe bien que je te voie, j’ai un problème sur mon chemin. » Mais c’est aussi l’utilité de ce mandat-là. On ne se demande pas à quoi on sert ! Il n’y a pas un jour dans l’année où le maire n’est pas amené à agir, à répondre à un message ou à un appel. C’est une mission assez proche du sacerdoce.

♟️J’ai toujours été critique envers le rôle de l’État en France. Car plus le pouvoir est lointain, plus il est vertical, injuste et arbitraire. Aujourd’hui il est à la fois très granulaire – il s’occupe d’absolument tout – et sans capacité d’action dans ce cul-de-sac budgétaire et normatif. Comme le disait déjà Tocqueville, « une règle rigide, une pratique molle ». C’est le pire des deux mondes. Et les hauts fonctionnaires sont les premiers à le dire. Le Conseil d’État passe son temps à publier des rapports sur la simplification en expliquant que l’inflation normative n’est pas soutenable. Il y a un vrai consensus au niveau de l’État central, paradoxalement, sur la nécessité d’une réorganisation institutionnelle profonde.

♟️Les énarques ont généralement le sens de « l’intérêt général ». Mais ils sont profondément convaincus que les gens laissés à eux-mêmes font n’importe quoi. Il ne faut jamais laisser le pouvoir aux premiers de la classe ! Si les hauts fonctionnaires étaient moins intelligents, le pays s’en porterait mieux. La fiscalité française est une cathédrale de subtilité, mais elle ne sert plus son but car personne n’est capable d’en comprendre le sens. Or ce qui n’a pas de sens est absurde, et ce qui est absurde est rejeté. Le rejet de l’État de droit et la radicalisation des opinions politiques sont très liés à cette surcharge normative. Il y a urgence à donner du pouvoir au local.

♟️Le pouvoir local ne doit pour autant pas se résumer au maire. Je suis très favorable, surtout dans les petits villages ou les quartiers, à des procédures de démocratie directe, où le maire représente le pouvoir exécutif, et où le décideur se confond avec le pouvoir législatif, c’est-à-dire la commune assemblée. Cela existe en Suisse dans les cantons. En France, depuis vingt ans, les maires ont la possibilité de déclencher des référendums locaux. Résultat : cette procédure n’a été utilisée que trois cents fois en vingt ans, sur 36 000 communes. Autant dire presque jamais !

♟️Paradoxalement sous l’Ancien Régime il n’y avait bien sûr pas d’État de droit, mais il y avait beaucoup plus de démocratie pratique. Toutes les semaines, les chefs de famille débattaient des affaires du village au sein d’une instance appelée la fabrique, gérée par le clergé. Les décisions étaient prises par consensus. Il était noté que « le village en état de commun a décidé que… ». C’est la démocratie la plus primale. On peut réfléchir aux grandes structures institutionnelles, à la proportionnelle, etc. Mais il faut avant tout essayer de raviver de la démocratie directe, quotidienne, laborieuse.

♟️Cette aspiration à la démocratie locale se manifeste en plein cœur de la campagne municipale. Avant chaque scrutin, on craint qu’il y ait un désintérêt pour ces fonctions, que certaines communes ne trouvent pas de candidats, et finalement il y en a peu qui se retrouvent sans volontaires. Le conseil municipal est un véritable lieu de démocratie délibérative. Et cette vie démocratique dépasse le conseil municipal. Les fêtes de village, les temps d’animation sont des moments de rencontres, d’échanges, où se construit le corps civique de la commune. L’une des missions du conseil municipal est de permettre aux membres de la population qui ont des modes de vie différents de se connaître. Car organiser des assemblées suppose que les citoyens se sentent concernés par les territoires où ils vivent, qu’ils ne soient pas simplement des consommateurs de services.

♟️Dans les années 2010, on nous vendait le rêve d’une société où chacun aurait ses propres réseaux d’appartenance, où la localisation géographique ne compterait plus. Aujourd’hui, les villages sont culturellement, sociologiquement et économiquement hétérogènes. Face à ce défi, il faut assumer non pas « la terre » au sens patrimonial mais « le milieu » au sens géographique. C’est une folie de penser qu’on peut s’abstraire du milieu géologique, hydrologique, agronomique dans lequel on vit.
Voilà le défi que notre pays devra relever très vite en donnant du pouvoir et les moyens de l’exercer aux maires.
C’est un des enjeux de cette élection municipale que les maires devront ensuite faire valoir avec force auprès de l’Etat central.



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