Au Salon de l’agriculture, le monde paysan attend des réponses

20 février 2026

🐮 Au Salon de l’agriculture, le monde paysan attend des réponses.

👉Le 62eme Salon de l’agriculture ouvre ses portes samedi, dans un contexte de crise du secteur. Les agriculteurs veulent convaincre citoyens et politiques de s’engager pour sauver la ferme France.

👉Ni vache ni boeuf, pas même un petit veau : on n’avait jamais vu cela en plus de soixante ans d’existence. Et pourtant, c’est bien sans bovin que le 62e Salon de l’agriculture va ouvrir ses portes samedi. Motivé par des raisons sanitaires, le signe est prophétique : celui d’un monde en crise qui veut convaincre tous les visiteurs – politiques et citoyens – pour ne pas disparaître.

👉Les organisateurs du Salon ont préparé un programme enrichi de spectacles, concerts et autres activités familiales, afin d’attirer la foule habituelle d’au moins 600.000 visiteurs. Le Salon de l’agriculture est toujours l’occasion d’une rencontre détendue et festive entre agriculteurs et visiteurs, mais les professionnels ne veulent pas masquer leurs difficultés. Si certains vont bien, comme les éleveurs de viande bovine qui jouissent de cours très favorables (pour combien de temps !?) ou les producteurs d’oeufs portés par une demande frénétique, la situation est difficile pour d’autres. Les producteurs de céréales sont dans l’incertitude. Pour beaucoup, c’est l’angoisse après trois ans de crise. Avec des cours au plus bas depuis 2023 et une récolte 2024 historiquement mauvaise, de nombreuses exploitations sont en difficulté. Les éleveurs laitiers craignent aussi, sur fond de renversement des cours, une année 2026 difficile. Sans compter les inondations en cours, tragiques dans plusieurs territoires, notamment pour les maraîchers dans la Sarthe ou le Sud-Ouest.

👉Derrière ces difficultés conjoncturelles, le monde agricole reste traversé par une crise existentielle. Au-delà des mesures ponctuelles que peuvent réclamer les syndicats, tous attendent désormais une vision claire pour l’avenir de l’agriculture, de laquelle pourra découler une politique européenne et nationale cohérente. La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, doit d’ailleurs, mardi, dévoiler les premières conclusions des Conférences de la souveraineté alimentaire lancées en fin d’année dernière.

👉Si le gouvernement a montré son envie de répondre à la crise, avec notamment une loi d’urgence agricole attendue pour juin au Parlement, d’autres signaux froissent dans le monde agricole, comme le repas à 1 euro pour les étudiants. Et chacun voit bien qu’il faudra attendre le débat présidentiel pour vraiment donner une nouvelle impulsion. Mais ne sera-t-il alors pas trop tard, notamment pour peser sur les orientations de la PAC?

👉De 5,5 milliards d’euros d’excédent en 2017, la balance commerciale agricole et agroalimentaire a fondu à 200 millions d’euros l’an dernier. Une partie de l’explication est structurelle : les prix bas des céréales et une mauvaise récolte en 2024 ou encore les difficultés à l’export des vins et spiritueux ont freiné les exportations, alors que les cours élevés du café et du cacao ont alourdi la facture des importations. Mais cela ne doit pas masquer le déclin structurel, bien plus profond. Les producteurs se sont retrouvés concurrencés par des produits venus d’ailleurs sur l’entrée de gamme et le moyen de gamme qu’ils avaient délaissés. Sur vingt ans, toutes les principales productions ont baissé, souvent remplacées par des importations.

👉Les agriculteurs attendent désormais des futurs candidats un cap clair. Il n’est en effet plus acceptable de mettre en concurrence les produits français avec des aliments importés moins-disants socialement et environnementalement, au moment même où l’alimentation devient une arme stratégique. Ils veulent également un alignement des règles nationales sur la législation européenne, pour éviter la concurrence communautaire. Quoi de plus légitime !

👉Ce Salon est un moment de vérité, avec le lancement de l’élection présidentielle pour le monde agricole. Cette élection doit être le moment de trancher. Il faut redonner de la stabilité et de la visibilité, et assumer des choix, notamment sur les moyens de production, les phytosanitaires, le stockage de l’eau, la prédation. Le consommateur-citoyen doit aussi être sensibilisé à ce combat. Outre la question du juste prix, le monde agricole veut aussi convaincre de l’importance de laisser les exploitations se développer, pour construire de nouveaux poulaillers ou de nouvelles porcheries dont la France manque, et surtout pour permettre le renouvellement des générations (voir ci-après). De plus en plus, on voit des associations spécialisées traquer les enquêtes publiques mises en ligne et faire un véritable chantage juridique et moral pour bloquer les projets. Une bataille culturelle que les agriculteurs veulent aujourd’hui remporter.

👉Zoom 1 : La pénurie d’oeufs, le recul de la production de viande bovine et la hausse des importations de produits laitiers mettent en lumière les difficultés de l’agriculture française. Voici un tour d’horizon des investissements nécessaires pour préserver la souveraineté alimentaire.
👉La pénurie d’oeufs en rayon est le symbole ces derniers mois des difficultés de l’agriculture française. La consommation a enregistré un record en2025, en hausse de 5 % dans les magasins. Ce qui ne représente pas moins de 7,3 milliards d’oeufs vendus, soit 700 millions de boîtes. Face à cet engouement, la production ne parvient pas à suivre. Pénalisée il y a quelques années par la grippe aviaire qui a décimé les élevages, elle a augmenté de 0,8 % en 2025. La filière a calculé qu’il faudrait construire 575 poulaillers d’ici à 2035 pour répondre à la demande nationale. Mais les projets sont souvent retardés par des riverains et des associations qui n’en veulent pas. Les fortes tensions dans les linéaires constatées en début d’année avec les fêtes, la galette des rois et les difficultés de livraison liées à la neige, devraient être levées en juin. En 2025, 18 bâtiments ont vu le jour, représentant la ponte de 200 millions d’oeufs en plus par an, et 40 sont prévus dès 2026, soit 375 millions d’oeufs supplémentaires.
👉Après le poulet et l’agneau, la viande bovine, dont la France, est le premier producteur européen, décroche. Les importations ont nettement progressé l’an dernier (+25 %), dans un contexte de déséquilibre entre offre et demande. Résultat, le déficit de la balance commerciale s’est creusé, passant à 780 millions d’euros, contre une perte de 614 millions en 2024. Car la production baisse désormais plus rapidement que la consommation. Sur huit mois en 2025, les achats des Français ont reculé de 3,2 %. En cause, la forte hausse des prix, liée au manque de disponibilité sur le marché, alors que le pays compte de moins en moins d’éleveurs. Les Français se sont tournés vers la volaille et le porc, moins chers. Le contexte sanitaire, avec la succession de maladies (MHE, FCO, DNC) explique une partie de ce repli, en plus de la réduction du cheptel. En dix ans, la France a perdu 1,2 million de vaches, selon l’institut de l’élevage. Le taux d’autosuffisance est passé de 96 % en 2023 à autour de 74 % aujourd’hui. En 2035, l’interprofession (Interbev) estime qu’il pourrait chuter à 67 %. Pour la viande bovine, le solde de la balance commerciale est dans le rouge depuis une dizaine d’années. Les importations, surtout des Pays-Bas et d’Irlande, ont doublé depuis 2014, avec une forte hausse depuis 2022.
👉Fromage, crème, yaourt… Les produits laitiers, longtemps parmi les piliers de la balance commerciale française sont à la peine. En 2025, l’excédent commercial s’est nettement détérioré, ramené à 2 milliards d’euros, soit une chute de 22 %. En cause, la forte montée des importations (+800 millions d’euros) notamment de beurre et de certains fromages (+11 %). Un paradoxe dans un pays référence mondiale en la matière. Les Français sont friands de mozzarella et de plus en plus de cheddar, aussi utilisés comme ingrédients dans les restaurants et par les industriels. La France reste par ailleurs structurellement déficitaire en beurre, dont elle est le premier consommateur mondial. Il est très demandé par les industriels, notamment de la pâtisserie viennoiserie industrielle. Les entreprises, elles, préfèrent fabriquer de la crème, plutôt que du beurre, car elle est vendue plus cher. Ce manque est aussi lié à la baisse de la collecte de lait. Ce qui limite les volumes de matière première disponible pour faire du beurre.Dans le même temps, les exportations ralentissent en hausse de 3 % (+0,3 milliard d’euros) contre +25 % l’année précédente. Les ventes ont été affectées par les taxes provisoires imposées par la Chine sur les producteurs européens de crème et de fromages. Et aussi par les droits de douane de l’administration américaine.

👉Zoom 2 : l’enjeu majeur du renouvellement des générations.
👉Il faut proposer des perspectives ! Tel est le maître mot. C’est ce que nous avons poussé avec les plans et contrats d’avenir repris récemment par le gouvernement. Cela doit permettre d’accompagner le changement de modèle.
Parmi les freins, le sujet de la lourdeur administrative reste important, parce qu’en fait beaucoup d’annonces ont été faites, mais il n’y a pas eu beaucoup d’avancées concrètes. Il y a une véritable cacophonie qui est un frein à l’installation.

👉Nous avons besoin d’une politique agricole commune plus ambitieuse pour l’installation. Il convient de flécher 10 % du budget vers le renouvellement des générations, avec une majoration systématique de toutes les aides pour les jeunes agriculteurs. C’est ambitieux, mais nécessaire face au défi démographique. L’inflation touche aussi les valeurs d’exploitation : les reprises de cheptel, de foncier, de bâtiments, de matériel sont plus coûteuses. Un accompagnement financier accru pour les porteurs de projets est nécessaire. Il reste également un sujet autour du foncier. Mais la cacophonie politique actuelle ne laisse guère l’espace pour une grande loi foncière qui viendrait discuter de tous ces problèmes, il faudrait pourtant le faire, c’est la clé.

👉 Le plus important aujourd’hui est que la France retrouve du poids, de la crédibilité, pour peser dans les négociations de la PAC, pour construire un modèle plus agile pour l’avenir. La campagne présidentielle devra permettre de donner un cap et une vision pour l’agriculture. Nous sommes à un tournant de l’histoire agricole française, européenne. Ce moment de crise est un moment difficile, mais aussi paradoxalement plein de perspectives. Si on prend un peu de recul, je pense qu’on arrive à les percevoir, et ça doit nous éviter de tourner en rond dans notre bocal.

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