🪖Trump attaque l’Iran : 5 points clefs pour comprendre le contexte d’une guerre pour le changement de régime qui faire basculer l’ordre du monde.
❗️L’attaque d’Israël et des États-Unis contre l’Iran disrupte l’ordre mondial — mais l’on ne sait pas encore comment.
1️⃣ Ce matin aux alentours de 7h30 (Paris) les États-Unis aux côtés d’Israël ont déclenché une séquence militaire que Donald Trump a qualifié lui-même de « guerre ».
Que se passe-t-il exactement ? Que cherche Trump ? Que peut faire le régime des ayatollahs ? Et pourquoi cette guerre pourrait-elle dépasser largement l’Iran ?
1 — Une escalade annoncée
Aujourd’hui, samedi 28 février, les États-Unis et Israël ont mené plusieurs frappes contre l’Iran.
L’opération — baptisée « Roaring Lion » du côté israélien et « Epic Fury » du côté américain — fait suite aux manifestations qui ont commencé le 28 décembre 2025, et qui ont été réprimées dans le sang. Selon certaines estimations, le nombre de personnes tuées par le régime iranien depuis le début du mouvement de protestation pourrait dépasser le seuil des 30 000.
À plusieurs reprises au début de l’année, Trump avait menacé Téhéran d’intervenir en cas de répression des manifestations et, plus récemment, avait évoqué la possibilité d’une attaque si le régime ne parvenait pas à un accord visant à limiter son programme nucléaire.
Au moment des premières menaces de la Maison-Blanche, le Pentagone disposait toutefois de peu de moyens dans la région, tant pour mener une attaque que pour protéger les troupes états-uniennes et Israël en cas de riposte.
Depuis, les États-Unis ont déployé plusieurs centaines d’avions de chasse, de bombardiers, d’avions de soutien, de ravitailleurs et de surveillance. Dix-huit navires de guerre sont présents en mer d’Arabie, dans le détroit d’Ormuz, en mer Rouge et en Méditerranée.
Le porte-avions USS Gerald R. Ford, accompagné de son groupe aéronaval, est positionné à proximité des côtes israéliennes depuis hier, vendredi 27 février. Il s’agit du plus important déploiement de puissance aérienne par l’armée américaine au Moyen-Orient depuis 2003.
Les objectifs recherchés par Washington et Israël sont, ce matin, de plus en plus clairs.
Dans un discours enregistré, Donald Trump a explicitement appelé à un changement de régime. Le Premier ministre israélien a lui aussi déclaré : « Notre action commune créera les conditions permettant au courageux peuple iranien de prendre son destin en main. »
Donald Trump avait déclaré dès le 13 février que le changement de régime « serait la meilleure chose qui puisse arriver » en Iran.
2 — La question nucléaire
Dans la nuit du 21 au 22 juin 2025, lors de l’opération Midnight Hammer, les États-Unis avaient visé les trois principaux sites du programme nucléaire iranien. Il s’agissait de leur première attaque directe visant le territoire du pays.
La Maison-Blanche a maintenu depuis comme ligne officielle que les installations nucléaires avaient été « oblitérées ». Dans son discours, Trump a déclaré que l’Iran avait tenté depuis de reconstruire son programme nucléaire.
Avant l’attaque de juin 2025, l’Iran disposait de près de 9 000 kilogrammes d’uranium enrichi, dont 441 kilogrammes enrichis à 60 %, un taux qui pourrait être porté à 90 %, le seuil nécessaire pour la fabrication d’une bombe.
Depuis l’attaque, les observateurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique n’ont pas eu accès au site.
Le directeur de l’agence, Rafael Grossi, avait déclaré le 19 février : « La plupart du matériel que l’Iran avait accumulé jusqu’au mois de juin de l’année dernière, malgré les bombardements, est toujours là à l’endroit où il se trouvait au moment des attaques. Il y a peut-être une partie qui est moins accessible, mais il est toujours là. Du point de vue de la non-prolifération, c’est pour cette raison qu’il est important, je dirais même urgent, d’arriver à un accord qui puisse permettre d’éviter de nouvelles actions militaires dans la région. »
Depuis le début de l’année, les États-Unis et l’Iran ont organisé trois séries de pourparlers, par l’intermédiaire d’Oman. Le 27 février, le ministre des Affaires étrangères omanien avait déclaré qu’un accord entre Washington et Téhéran était « à portée de main » et pourrait être signé « dès demain ».
Les États-Unis ont notamment demandé, lors des négociations, que tout accord sur le nucléaire reste en vigueur indéfiniment et que l’Iran renonce à son stock d’uranium enrichi. Washington aurait été prêt à accepter que l’Iran conserve le droit d’enrichir de l’uranium, à condition que Téhéran prouve qu’il n’existe aucun moyen de fabriquer une bombe.
Téhéran a refusé toute négociation sur son programme balistique. L’arsenal balistique du pays est estimé à environ 3 000 missiles, incluant des missiles balistiques à courte portée (300 à 1 000 km) et des missiles balistiques à moyenne portée (de 1 000 à 3 000 km).
3 — Ce que l’on sait de l’attaque au 28 février
Dans la matinée du samedi 28 février, Israël et les États-Unis ont frappé plusieurs cibles dans le pays.
Selon une première analyse des cibles, l’étendue de l’attaque est bien plus importante que les frappes de juin 2025 et vise l’ensemble du territoire, de la région du nord-ouest, frontalière de l’Azerbaïdjan et de l’Irak, jusqu’au sud du pays, avec les ports stratégiques de Bandar Abbas sur le détroit d’Ormuz, et un point plus au sud-est.
L’opération ne se limite pas aux installations nucléaires, mais semble viser simultanément des infrastructures militaires, des centres de commandement et des points névralgiques sur l’ensemble du territoire, y compris les accès maritimes de l’Iran au golfe Persique.
Selon des responsables israéliens, l’un des objectifs principaux de la première vague de frappes conjointes était de viser le plus grand nombre possible de dirigeants. Des hauts responsables militaires et politiques iraniens, notamment le guide suprême Khamenei et le président Pezeshkian auraient été visés.
Un responsable américain a déclaré que les États-Unis se concentrent surtout sur les cibles militaires, conformément au discours du président Trump : « Nous allons détruire leurs missiles et raser leur industrie de missiles […] Nous allons anéantir leur marine […] Nous ferons en sorte que l’Iran n’obtienne pas d’arme nucléaire. Le message est très simple. »
Tant Israël que les États-Unis se préparent à plusieurs jours de frappes.
Des sources américaines avaient déclaré dès le 18 février qu’une opération militaire américaine en Iran « serait probablement une campagne massive de plusieurs semaines qui ressemblerait davantage à une guerre à part entière qu’à l’opération ciblée menée au Venezuela ».
4 — La riposte iranienne
Dans un communiqué publié sur Telegram, le Corps des gardiens de la révolution islamique a déclaré avoir lancé une vague de missiles et de drones sur Israël en représailles.
Selon l’agence de presse iranienne Tasnim, « l’Iran a pris pour cible toutes les bases et intérêts américains dans la région ». L’agence Fars News note aussi que des missiles iraniens ont visé des bases militaires états-uniennes dans toute la région, notamment la base aérienne d’Al Udeid au Qatar, la base aérienne d’Ali Al Salem au Koweït, la base aérienne d’Al Dhafra aux Émirats arabes unis, ainsi que le quartier général de la Cinquième Flotte américaine à Manama, au Bahreïn.
Dans un communiqué, le ministère iranien des Affaires étrangères a déclaré : « Le grand test de l’histoire est arrivé […] Le peuple iranien est fier d’avoir tout fait pour empêcher la guerre […] Tout comme nous étions prêts à négocier, nous sommes plus que jamais prêts à défendre la nation iranienne ».
La question centrale de cette nouvelle phase sera de savoir si le régime survit, et quelle sera l’ampleur de la riposte de l’Iran.
L’Iran pourrait choisir une réponse symbolique — qui devient de plus en plus difficile étant donné les déclarations états-uniennes appellent à un changement de régime — ou, au contraire, opter pour des représailles significatives sous la forme de frappes contre des bases états-uniennes ou israéliennes, d’attaques contre le trafic maritime dans le golfe d’Oman ou de frappes contre les États du Golfe ou l’Irak.
En cas de riposte importante de la part de l’Iran, il est très probable que les États-Unis renforceront considérablement leur attaque.
En retour, l’Iran dispose de plusieurs dizaines de navires de surface ainsi que d’un arsenal de 3 000 à 6 000 mines navales lui permettant de fermer temporairement le détroit d’Ormuz. Dans la soirée du 28 février, les Gardiens de la révolution ont annoncé avoir ordonné aux navires commerciaux de cesser d’emprunter le détroit.
5 — Y aurait-il une crise pétrolière ?
Vendredi 27 février, le prix du Brent a atteint 73 dollars le baril, son plus haut niveau depuis sept mois. Un conflit ouvert prolongé en Iran pourrait réunir les conditions d’un choc pétrolier systémique, non pas seulement par destruction de capacités de production mais par l’apparition d’une prime de risque géopolitique sur les flux mondiaux.
Une étude récente du Center for Strategic and International Studies envisage quatre scénarios :
– Dans le premier, une campagne visant les exportations iraniennes, notamment le terminal de Kharg Island, pourrait retirer environ 1,6 million de barils par jour du marché. L’effet serait surtout une hausse globale des prix — estimée autour de 10 à 12 dollars par baril — liée au réajustement des flux commerciaux et à la montée des primes d’assurance, avec un choc réversible si les opérations cessent.
– Dans le deuxième scénario, l’Iran chercherait à perturber le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz par des attaques, saisies de navires ou minages. Une partie des quelque 18 millions de barils transitant chaque jour par le Golfe pourrait être temporairement affectée, provoquant une hausse rapide des prix du pétrole, du coût du transport et des assurances jusqu’à rétablissement de la sécurité maritime.
– Le troisième scénario comprend des frappes états-uniennes ou israéliennes contre les installations pétrolières iraniennes pour endommager durablement les capacités d’exportation et de production du pays. La perte potentielle de plusieurs millions de barils par jour, combinée au risque d’escalade, rendrait probable un passage durable du prix du baril au-dessus de 100 dollars.
– Quatrième scénario : des attaques iraniennes contre les champs, terminaux ou plateformes offshore des États arabes du Golfe constitueraient le choc le plus sévère, menaçant une part significative des exportations régionales et pouvant entraîner une flambée des prix supérieure aux pics observés en 2022. Une interruption parallèle des exportations de GNL qatari via Ormuz amplifierait la crise en affectant également les marchés mondiaux de l’électricité.
2️⃣ Le monde cassé face à la guerre en Iran : carte exclusive des réactions internationales.
La carte des réactions des pays à l’opération militaire lancée ce matin, 28 février, par les États-Unis et Israël, révèle l’implosion de normes communes au sein du bloc occidental et plus généralement une fragmentation accélérée de tous les espaces d’alliance.
Il n’y a pas d’Occident opposé à un « Sud global », pas de BRICS + ou d’OTAN, mais une seule ligne de fracture non linéaire qui traverse tous les ensembles et se traduit par une absence de positionnement global.
L’attaque d’Israël et des États-Unis contre l’Iran disrupte l’ordre mondial — mais l’on ne sait pas encore comment.
Face à l’unilatéralisme états-unien et à l’implosion du droit international, les Européens ne trouvent plus de langage commun
Peu d’acteurs qualifient explicitement les frappes de contraires au droit international.
Le président finlandais est parmi les seuls dirigeants européens à avoir déclaré que les États-Unis agissaient largement en dehors du cadre du droit international traditionnel : « Habituellement, la justification de ce type d’attaques était recherchée soit auprès de l’ONU, soit au moins auprès des alliés. Aujourd’hui, cette question n’est plus vraiment posée. »
Si la Russie adopte une position de pur double standard en critiquant les frappes — étant elle-même systématiquement impliquée dans une opération de dislocation du droit international — la Norvège propose une position plus structurée sur le plan juridique : elle rappelle qu’une frappe « préemptive » n’est licite qu’en présence d’une menace imminente, condition qu’elle estime non remplie.
Ce rappel renvoie directement à l’article 51 de la Charte des Nations unies et à la doctrine classique de la légitime défense anticipée.
Or le fait que la Norvège, la Finlande et l’Espagne soient les seuls États occidentaux et membres de l’OTAN à formuler cette objection place l’Alliance devant une tension implicite : la solidarité stratégique prime désormais sur l’interprétation du droit.
La position de la France est à cet égard importante : en saisissant le Conseil de sécurité, le président de la République cherche à réintégrer les Nations unies dans le processus.
À l’inverse, le Royaume-Uni ne se contente pas d’éviter toute critique de Washington : il avertit Téhéran de ne pas viser ses forces. Ce déplacement rhétorique — du débat juridique vers la protection de ses propres moyens militaires — traduit une forme d’alignement opérationnel. On ne parle plus de légalité, mais de dissuasion.
Même au sein de l’E3 — le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne — trois pays conduits par les leaders pourtant alignés sur d’autres sujets géopolitiques et trois États ayant joué un rôle clef dans l’accord sur le nucléaire iranien en 2015, des divisions persistent. S’ils ont condamné « avec la plus grande fermeté » les attaques iraniennes contre les pays de la région, le chancelier Merz a diffusé un communiqué soutenant la logique de l’attaque.
La conséquence est double. Le droit international cesse d’être le langage diplomatique commun des alliés occidentaux et la qualification juridique d’une opération militaire devient fonction de l’appartenance au camp.
Cette asymétrie normative renforce mécaniquement l’argumentaire russe et iranien sur le « deux poids, deux mesures », tout en affaiblissant la capacité occidentale à mobiliser le droit comme instrument de pression.
Dans une lettre adressée au Conseil de sécurité de l’ONU, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a demandé au Conseil d’intervenir et a affirmé qu’Israël et les États-Unis avaient violé le droit international en attaquant l’Iran.
À l’initiative de la France et du Bahreïn, une réunion du Conseil de sécurité aura lieu aujourd’hui, 28 février à 22h (heure de Paris).







